Définition
Définition et périmètre
Julia Kristeva développe le concept d’abjection dans Pouvoirs de l’horreur (1980) pour décrire ce qui doit être rejeté par un sujet, déchet, cadavre, certaines sécrétions corporelles, afin qu’il puisse maintenir une frontière stable entre soi et non-soi, avant même la logique du désir ou du manque décrite par d’autres concepts psychanalytiques. Ce concept a été très largement repris en études littéraires, en théorie du cinéma d’horreur et en analyse culturelle. Sa proximité avec le dégoût, une émotion plus directement mesurable en psychologie, a été étudiée par des travaux ultérieurs qui en précisent les ressemblances et les différences ; l’abjection y apparaît comme une notion plus large, incluant une dimension identitaire que le seul dégoût physiologique ne couvre pas entièrement. Sa portée reste néanmoins surtout théorique et esthétique, le vocabulaire kristevien étant dense et peu traduit en protocole clinique évaluable.Kristeva · McAfee, 2004
Le terme appartient à un cadre psychodynamique : il formule une hypothèse sur l’organisation de l’expérience, et non un fait directement observable de la même manière qu’un comportement ou un résultat expérimental. Sa portée dépend donc du modèle mobilisé et des indices qui soutiennent l’interprétation.Kristeva · McAfee, 2004
Cadre théorique
Place dans les modèles psychodynamiques
Abjection appartient à un vocabulaire élaboré pour décrire des conflits, des défenses, des représentations de soi et d’autrui ou des répétitions relationnelles. Les écoles psychanalytiques et psychodynamiques n’en donnent pas toujours la même définition : préciser l’auteur ou le modèle évite de présenter une tradition plurielle comme une théorie unique.McAfee, 2004 · Rhodes, 2017 · Holmes, 2006
Dans la pratique clinique, le concept ne vaut pas comme explication automatique. Il sert à organiser des observations répétées, à formuler une hypothèse révisable et à examiner ce que cette hypothèse permet — ou non — de comprendre du matériel clinique.McAfee, 2004 · Rhodes, 2017 · Holmes, 2006
Observer
Formes et variations
Ces situations montrent comment la notion peut orienter une lecture. Elles restent des hypothèses parmi d’autres et prennent sens seulement à partir du contexte et des associations de la personne.McAfee, 2004 · Rhodes, 2017 · Holmes, 2006
- La réaction de rejet intense provoquée par la vue d’un cadavre, au-delà du simple dégoût sensoriel, illustre ce que Kristeva nomme l’abjection.
- Des travaux en soins infirmiers ont mobilisé ce concept pour décrire le malaise ressenti face à des sécrétions corporelles dans les situations de soin les plus intimes.
Interpréter avec prudence
Indices, contexte et hypothèses concurrentes
Une lecture psychodynamique solide s’appuie sur plusieurs éléments convergents : récurrence d’un thème, contexte affectif, associations de la personne, évolution dans la relation et effets d’une interprétation. Un épisode isolé, une intuition du clinicien ou un symbole supposé universel ne suffisent pas.Rhodes, 2017 · Holmes, 2006
La notion peut être mise en relation avec Clivage. Ces rapprochements doivent rester comparatifs : ils permettent de demander quel modèle décrit le mieux la situation, plutôt que d’empiler plusieurs explications invérifiables.Rhodes, 2017 · Holmes, 2006
État des connaissances
Portée et limites du concept
Le statut empirique de abjection ne se confond pas avec son importance historique ou clinique. Certains aspects peuvent être étudiés indirectement, tandis que d’autres dépendent d’une construction théorique difficile à opérationnaliser. La fiche distingue donc la définition du concept, ses usages et le niveau de preuve disponible.McAfee, 2004 · Rhodes, 2017 · Holmes, 2006
Le terme ne doit pas servir à neutraliser un désaccord, attribuer une intention cachée avec certitude ou transformer une reconstruction en souvenir factuel. Une interprétation utile reste formulée au conditionnel, confrontée à d’autres hypothèses et abandonnée si elle n’éclaire pas l’expérience.McAfee, 2004 · Rhodes, 2017 · Holmes, 2006
Références
- Holmes, D., Perron, A., & O’Byrne, P. (2006). Understanding disgust in nursing: Abjection, self, and the other. Research and Theory for Nursing Practice, 20(4), 305–315.
- Kristeva, J. (1980/1982). Powers of Horror: An Essay on Abjection (L. S. Roudiez, Trans.). Columbia University Press.
- McAfee, N. (2004). Julia Kristeva. Routledge.
- Rhodes, J., Robinson, J., & Miles, M. (2017). Abjection interrogated: Uncovering the relation between abjection and disgust. Journal of Extreme Anthropology, 1(1), 15–35.
Dernière révision documentaire : septembre 2026.