Répertoire critique · 45 études

Expériences de psychologie

Les protocoles qui ont structuré la psychologie, ce qu’ils ont réellement montré et ce que les réplications, les archives ou les normes éthiques obligent aujourd’hui à nuancer.

Ce répertoire est évolutif, pas exhaustif. Une expérience célèbre n’est pas nécessairement une preuve solide : chaque entrée sépare le protocole, le résultat observé, l’interprétation et ses limites.

Lire le statut « Robuste » décrit un effet reproduit dans des conditions variées. « Contextuel » indique des modérateurs importants. « Contesté » signifie que le récit habituel dépasse les données disponibles.

05 études

Cognition

1935Robuste

Effet Stroop

Nommer la couleur d’un mot devient plus lent lorsque le mot désigne une autre couleur.

Protocole

Stroop comparait la lecture de mots, la dénomination de couleurs et la dénomination de l’encre de mots incongruents, par exemple le mot « rouge » imprimé en bleu.

Résultat

L’information verbale fortement automatisée interfère avec la tâche de dénomination de la couleur. L’effet est devenu un paradigme central pour étudier attention, automaticité et contrôle cognitif.

Limites actuelles

L’effet moyen est très reproductible, mais son amplitude varie avec la langue, l’entraînement, la proportion d’essais congruents et la manière de répondre. Il ne constitue pas à lui seul un test diagnostique.

SourcesStroop, 1935MacLeod, 1991

1966Robuste, interprétation discutée

Tâche de sélection de Wason

Nous testons plus facilement une règle lorsque son contenu évoque une situation concrète que lorsqu’elle est purement abstraite.

Protocole

Les participants voient quatre cartes et doivent retourner uniquement celles qui permettent de vérifier une règle conditionnelle de type « si P, alors Q ».

Résultat

Beaucoup recherchent des confirmations plutôt que les cas susceptibles de réfuter la règle. Les performances changent fortement lorsque le problème est présenté comme une permission ou un contrat social.

Limites actuelles

La tâche ne démontre pas une incapacité générale au raisonnement logique. Compréhension de la consigne, familiarité du contenu et interprétation pragmatique de la règle modifient la réponse.

SourcesWason, 1966Cosmides, 1989

1968Robuste, amplitude modeste

Effet de simple exposition

Des expositions répétées à un stimulus neutre peuvent en augmenter l’appréciation, parfois sans souvenir conscient de ces expositions.

Protocole

Zajonc présentait à des participants des mots inventés, des idéogrammes ou des visages inconnus à des fréquences variables, parfois si brièvement que la reconnaissance consciente devenait impossible, puis mesurait les préférences déclarées.

Résultat

La familiarité augmentait systématiquement l’attrait rapporté, y compris lorsque les participants ne pouvaient pas dire avoir déjà vu le stimulus. L’effet a été répliqué avec des visages, des sons, de la nourriture et des marques.

Limites actuelles

Une méta-analyse récente montre que la relation entre exposition et préférence prend la forme d’un U inversé : l’attrait augmente puis décline en cas de répétition excessive. L’amplitude reste modeste et dépend du délai, de la complexité du stimulus et de la tâche de jugement utilisée.

SourcesZajonc, 1968Montoya, 2017

1999Robuste dans sa forme originale, interprétation statistique débattue

Effet Dunning-Kruger

Les personnes les moins compétentes dans une tâche ont tendance à surestimer le plus leur propre performance.

Protocole

Des participants passaient des tests de grammaire, de raisonnement logique ou d’humour, puis estimaient leur score et leur rang par rapport aux autres participants.

Résultat

Les participants situés dans le quart inférieur des résultats surestimaient le plus fortement leur classement, tandis que les plus performants avaient tendance à légèrement sous-estimer le leur. Les auteurs ont proposé que le manque de compétence prive aussi de la compétence nécessaire pour juger sa propre performance.

Limites actuelles

Des simulations statistiques ultérieures, fondées sur des données purement aléatoires, ont reproduit une bonne partie de la courbe caractéristique par un simple artefact de régression vers la moyenne combiné à un effet plafond, sans requérir de mécanisme métacognitif spécifique. L’effet reste réel en moyenne, mais son interprétation causale précise est activement discutée.

SourcesKruger, 1999Nuhfer, 2016

1996Non répliqué dans des tentatives rigoureuses ultérieures

Amorçage comportemental : les mots liés à la vieillesse

Des participants exposés à des mots associés à la vieillesse auraient ensuite marché plus lentement en quittant le laboratoire, sans en avoir conscience.

Protocole

Des étudiants formaient des phrases à partir de listes de mots contenant, dans une condition, des termes associés au stéréotype de la vieillesse, comme « ridé », « Floride » ou « bingo ». Le temps mis pour parcourir le couloir en sortant du laboratoire était ensuite chronométré discrètement.

Résultat

L’étude originale rapportait une marche significativement plus lente après exposition aux mots liés à la vieillesse, interprétée comme un effet idéomoteur automatique du concept activé sur le comportement, sans passage par une intention consciente.

Limites actuelles

Une réplication avec chronométrage automatisé et davantage de participants n’a retrouvé aucun effet direct, et ne l’a observé que lorsque les expérimentateurs eux-mêmes croyaient à l’hypothèse, suggérant un possible effet des attentes de l’expérimentateur plutôt qu’un pur amorçage. Cette étude est devenue un cas emblématique de la crise de la réplication en amorçage social.

SourcesBargh, 1996Doyen, 2012

04 études

Mémoire

1974Phénomène robuste

Loftus et Palmer : formulation des questions

La formulation d’une question posée après un événement peut modifier le souvenir rapporté.

Protocole

Après avoir vu des accidents filmés, des participants estimaient la vitesse des véhicules. Le verbe employé dans la question variait, de « touchés » à « fracassés ».

Résultat

Les verbes plus intenses produisaient des estimations de vitesse supérieures. Dans une seconde expérience, ils augmentaient aussi le signalement ultérieur de verre brisé absent du film.

Limites actuelles

L’étude montre une reconstruction de certains détails, pas que toute mémoire serait fausse ou aisément réécrite. La force de l’effet dépend du délai, de la suggestion et de la qualité du souvenir initial.

SourcesLoftus, 1974Loftus, 2005

1995Robuste

Paradigme DRM des faux souvenirs

Une liste de mots liés peut faire reconnaître avec assurance un mot qui n’a jamais été présenté.

Protocole

Les participants mémorisent des mots associés, par exemple lit, repos, nuit et fatigue, sans que le mot central « sommeil » soit montré.

Résultat

Le mot associé absent est fréquemment rappelé ou reconnu. La mémoire conserve le sens général et les associations, ce qui peut produire une impression de familiarité erronée.

Limites actuelles

Un faux rappel en laboratoire n’est pas équivalent à la construction d’un souvenir autobiographique complexe. Le paradigme informe sur un mécanisme, pas sur la véracité d’un témoignage particulier.

SourcesRoediger, 1995Gallo, 2010

1885Historique, forme générale répliquée

Courbe de l’oubli d’Ebbinghaus

Une bonne partie d’une liste mémorisée sans signification se perd très vite, puis la perte ralentit avec le temps.

Protocole

Ebbinghaus mémorisait lui-même de longues listes de syllabes sans signification, comme « zud » ou « riv », notait le temps nécessaire à leur apprentissage, puis mesurait combien d’essais supplémentaires étaient nécessaires pour les réapprendre après différents délais.

Résultat

L’oubli suivait une décroissance rapide dans les premières heures puis un ralentissement progressif, dessinant une courbe retrouvée dans de nombreux paradigmes de mémoire verbale. Dans ce matériel précis, le réapprentissage était plus rapide que l’apprentissage initial, signe qu’une trace pouvait subsister au-delà du rappel conscient.

Limites actuelles

L’étude repose sur un participant unique, très entraîné et conscient de l’hypothèse testée. La forme générale de la courbe s’est répliquée avec du matériel dénué de sens, mais l’oubli d’informations significatives, émotionnelles ou vécues suit des dynamiques nettement plus variables.

SourcesEbbinghaus, 1885Murre, 2015

1995Robuste dans sa forme générale, taille variable

Loftus et Pickrell : « perdu dans le centre commercial »

Décrire à quelqu’un un souvenir d’enfance inventé, présenté comme réel par un proche de confiance, peut suffire à lui faire progressivement croire qu’il s’en souvient.

Protocole

Vingt-quatre participants recevaient un livret décrivant quatre événements de leur enfance fournis par un membre de leur famille : trois s’étaient réellement produits, le quatrième était entièrement fabriqué par les chercheurs, être perdu dans un centre commercial vers l’âge de cinq ans, en pleurs, secouru par une personne âgée puis retrouvé par sa famille. Les participants étaient interrogés sur chacun de ces souvenirs lors de plusieurs entretiens espacés dans le temps.

Résultat

Environ un quart des participants a fini par rapporter un souvenir partiel ou complet de l’épisode du centre commercial, en y ajoutant des détails sensoriels et émotionnels inventés qui allaient au-delà du script fourni par les chercheurs. Beaucoup ne parvenaient plus à distinguer avec certitude ce souvenir implanté des souvenirs réellement vécus.

Limites actuelles

L’échantillon original ne comptait que vingt-quatre personnes, et l’implantation dépendait de la coopération active d’un membre de la famille ainsi que de la plausibilité du scénario choisi. Une réplication préenregistrée récente, menée sur un échantillon cinq fois plus grand, a retrouvé le phénomène mais avec un taux différent, rappelant que l’ampleur exacte de l’implantation varie selon la méthode et ne doit pas être traitée comme une constante universelle.

SourcesLoftus, 1995Murphy, 2023

01 études

Attention

1999Robuste

Le « gorille invisible »

Concentrer son attention sur une tâche peut rendre invisible un événement pourtant saillant.

Protocole

Des participants comptaient les passes d’une équipe dans une vidéo. Une personne déguisée en gorille traversait la scène au milieu de l’exercice.

Résultat

Une part importante des participants ne signalait pas le gorille. Le paradigme illustre la cécité d’inattention : voir physiquement une scène ne garantit pas que chaque élément soit sélectionné consciemment.

Limites actuelles

Le taux exact de détection dépend de la difficulté de la tâche, des attentes et de la similarité visuelle entre la cible et l’événement inattendu. Le résultat ne signifie pas que l’attention serait toujours étroite.

SourcesSimons, 1999Simons, 2000

03 études

Décision

1981Répliqué, sensible au contexte

Effet de cadrage

Deux formulations équivalentes en gains et en pertes peuvent conduire à des choix différents.

Protocole

Dans le problème de la « maladie asiatique », les mêmes conséquences étaient formulées en vies sauvées ou en décès, avec une option certaine et une option probabiliste.

Résultat

Le cadrage en gain favorisait davantage l’option certaine ; le cadrage en perte favorisait davantage le risque. L’effet soutient l’idée que les choix dépendent d’un point de référence.

Limites actuelles

L’effet n’apparaît pas avec la même amplitude dans tous les échantillons ou toutes les formulations. Numératie, compréhension et enjeux réels peuvent le modérer.

SourcesTversky, 1981Klein, 2018

1974Très robuste

Ancrage et ajustement

Un nombre initial arbitraire influence l’estimation finale d’une quantité, même lorsque ce nombre est manifestement sans rapport avec la question.

Protocole

Une roue truquée s’arrêtait sur 10 ou sur 65. Les participants devaient d’abord dire si le pourcentage de pays africains à l’ONU était supérieur ou inférieur à ce nombre, puis donner leur propre estimation.

Résultat

Les estimations finales restaient significativement plus proches du nombre tiré au hasard : le groupe ancré sur 65 donnait des estimations nettement plus élevées que le groupe ancré sur 10. L’ancrage a depuis été répliqué avec des centaines de jugements numériques différents, y compris chez des experts.

Limites actuelles

L’ampleur de l’effet varie selon la plausibilité de l’ancre, l’implication du participant et sa motivation à corriger son jugement. Il ne montre pas que tout jugement numérique serait arbitraire ; l’ajustement à partir d’un point de départ peut rester insuffisant dans certaines conditions.

SourcesTversky, 1974Furnham, 2011

2001Robuste, théorie en révision

Le dilemme du tramway en imagerie cérébrale

Juger acceptable de sacrifier une personne pour en sauver plusieurs varie selon qu’il faut la pousser physiquement ou actionner un aiguillage à distance.

Protocole

Des participants en IRM fonctionnelle jugeaient des dilemmes moraux impersonnels (actionner un aiguillage) et personnels (pousser quelqu’un de ses propres mains) impliquant le même bilan numérique de vies sauvées et perdues.

Résultat

Les dilemmes personnels activaient davantage des régions associées à l’émotion, tandis que les dilemmes impersonnels engageaient davantage des régions associées au raisonnement délibératif. Les jugements utilitaristes, sacrifier un pour en sauver plusieurs, étaient plus fréquents dans les versions impersonnelles.

Limites actuelles

Ces dilemmes fictifs et improbables mesurent un jugement verbal, pas une action réelle sous contrainte de temps. La théorie du double processus qui en est issue reste débattue : certains travaux montrent que le seul contraste personnel/impersonnel n’explique pas toute la variance des jugements moraux observés.

SourcesGreene, 2001Greene, 2014

12 études

Psychologie sociale

1956Effet réel, très contextuel

Conformisme d’Asch

Une majorité unanime peut amener une personne à donner publiquement une réponse visiblement incorrecte.

Protocole

Un participant devait comparer des longueurs de lignes après plusieurs complices donnant volontairement la même mauvaise réponse.

Résultat

Les erreurs augmentaient en présence de la majorité unanime. Un seul allié dissident réduisait fortement la conformité, montrant le rôle de l’unanimité plutôt qu’une simple imitation mécanique.

Limites actuelles

Les taux varient selon l’époque, la culture, la taille du groupe, la réponse publique ou privée et l’ambiguïté. L’expérience ne prouve pas que les participants croyaient tous réellement la majorité.

SourcesAsch, 1956Bond, 1996

1963Résultats historiques, protocole non reproductible à l’identique

Obéissance de Milgram

Une autorité scientifique peut obtenir la poursuite d’une action que le participant croit douloureuse pour autrui.

Protocole

Des participants pensaient administrer des chocs croissants à un apprenant lors d’une tâche de mémoire. L’expérimentateur demandait calmement de continuer.

Résultat

Dans la condition devenue célèbre, 65 % atteignaient le niveau maximal indiqué. Les nombreuses variantes montraient toutefois une forte dépendance à la proximité, au comportement des pairs et à la présence de l’autorité.

Limites actuelles

Le résultat ne se résume pas à « deux personnes sur trois obéissent ». Les participants exprimaient résistance et détresse, et les conditions éthiques empêchent une réplication exacte. Des réplications partielles et synthèses confirment surtout l’importance de la situation.

SourcesMilgram, 1963Burger, 2009Haslam, 2014

1968Robuste avec modérateurs

Effet témoin

La présence d’autres témoins peut ralentir ou réduire l’intervention, surtout lorsque la situation est ambiguë.

Protocole

Dans le paradigme initial, un participant croyait entendre une personne faire une crise pendant une discussion à distance, seul ou avec d’autres témoins supposés.

Résultat

L’intervention était plus rapide et plus fréquente lorsque le participant se croyait seul. Diffusion de responsabilité et interprétation de la réaction des autres contribuent au phénomène.

Limites actuelles

L’effet diminue, voire s’inverse, dans certaines situations clairement dangereuses ou lorsque les témoins peuvent se coordonner. Il ne permet pas de conclure que les foules seraient nécessairement passives.

SourcesDarley, 1968Fischer, 2011

1971Robuste, portée limitée

Paradigme des groupes minimaux

Une catégorisation sociale presque arbitraire peut suffire à produire un avantage relatif pour son groupe.

Protocole

Des participants étaient répartis dans des groupes sans histoire réelle puis distribuaient anonymement des ressources entre membres identifiés par leur groupe.

Résultat

Ils favorisaient souvent leur propre groupe et pouvaient rechercher une différence relative plutôt que le gain collectif maximal.

Limites actuelles

Le paradigme montre qu’une catégorisation peut produire un biais ; il ne reproduit ni les rapports de pouvoir, ni l’histoire, ni la violence des conflits sociaux réels.

SourcesTajfel, 1971Otten, 2016

1971Étude invalidée comme démonstration expérimentale

« Prison » de Stanford

Cette simulation célèbre ne permet pas d’établir que des rôles de gardien et de prisonnier produisent spontanément la brutalité.

Protocole

Vingt-quatre étudiants furent assignés à des rôles dans une prison simulée. L’étude fut interrompue après six jours et largement médiatisée comme preuve de la puissance des rôles sociaux.

Résultat

Des conduites humiliantes et une forte détresse furent observées. Les archives montrent cependant des instructions données aux gardiens, une implication active des chercheurs, l’absence de mesures standardisées et une sélection des comportements rapportés.

Limites actuelles

Pas de groupe contrôle, effectif minuscule, absence d’aveugle, demande expérimentale et interventions des chercheurs empêchent l’inférence causale. Cette étude doit être enseignée comme cas d’histoire et de méthode, pas comme résultat établi.

SourcesHaney, 1973Le Texier, 2019

1959Effet fondateur, mécanismes débattus

Dissonance cognitive : un dollar ou vingt

Une faible récompense peut conduire à réévaluer une tâche afin de rendre son propre comportement plus cohérent.

Protocole

Après une tâche ennuyeuse, des participants recevaient un ou vingt dollars pour dire au suivant qu’elle était intéressante, puis évaluaient la tâche.

Résultat

Le groupe payé un dollar évaluait ensuite la tâche plus positivement que le groupe payé vingt dollars. La faible justification externe laissait davantage de tension à résoudre.

Limites actuelles

D’autres modèles invoquent perception de soi, gestion de l’impression ou inférence conversationnelle. L’expérience soutient un changement d’attitude après un comportement contre-attitudinal, pas une lecture unique de toute incohérence.

SourcesFestinger, 1959Cooper, 2007

1972Effet réel, taille surestimée à l’origine

« Ce qui est beau est bon »

Une personne jugée physiquement attirante sur photo est aussi spontanément créditée de qualités de personnalité sans rapport avec son apparence.

Protocole

Des participants évaluaient, à partir de photographies classées par attractivité perçue, des traits de personnalité, le bonheur conjugal futur ou la réussite professionnelle probable de personnes qu’ils n’avaient jamais rencontrées.

Résultat

Les visages jugés plus attirants recevaient des évaluations plus favorables sur des dimensions sans lien logique avec l’apparence, comme la gentillesse ou la compétence. Le phénomène a été relié à un biais de halo plus général, où un trait saillant contamine le jugement porté sur d’autres traits.

Limites actuelles

Une méta-analyse ultérieure a montré que l’effet initial était surestimé : réel mais modeste en moyenne, il varie fortement selon le trait jugé, le contexte et la culture. Il ne prédit pas la personnalité effective d’un individu.

SourcesDion, 1972Eagly, 1991

1954Étude de terrain historique, non contrôlée

La Grotte des voleurs (Robbers Cave)

Deux groupes de garçons mis en compétition pour des ressources limitées sont devenus hostiles, puis se sont réconciliés en travaillant à des objectifs communs.

Protocole

Dans un camp de vacances, des garçons de onze-douze ans répartis en deux groupes ignorant l’existence l’un de l’autre furent mis en compétition dans des tournois à ressources limitées, avant qu’on introduise des tâches nécessitant leur coopération, comme réparer ensemble le camion d’approvisionnement.

Résultat

La compétition suffisait à produire hostilité, moqueries et sabotage entre groupes en quelques jours. Les tâches nécessitant une coopération pour un objectif commun réduisaient ensuite nettement les tensions, davantage que le simple contact ou l’échange d’informations.

Limites actuelles

L’échantillon est petit et homogène (garçons blancs de même origine sociale), et les chercheurs intervenaient activement dans la mise en scène, loin d’un protocole expérimental contrôlé. Un réexamen archivistique récent a montré que les chercheurs avaient aussi orchestré certains incidents présentés comme spontanés.

SourcesSherif, 1961Perry, 2018

1973Étude classique, généralisation limitée

Le bon Samaritain pressé

Dans cette étude, être pressé par le temps était associé à une moindre probabilité de s’arrêter pour aider un inconnu en détresse, y compris chez des étudiants en théologie.

Protocole

Des séminaristes devaient se rendre dans un autre bâtiment pour préparer un exposé, parfois sur la parabole du bon Samaritain. On leur disait qu’ils étaient en avance, à l’heure ou en retard. Sur le trajet, un acteur simulait une détresse, affalé et gémissant dans un renfoncement.

Résultat

Le facteur qui prédisait le plus fortement l’arrêt pour aider n’était ni la personnalité religieuse déclarée ni le thème de l’exposé, mais le degré de précipitation induit : une large majorité des participants pressés ne s’arrêtait pas, contre une large majorité des participants non pressés.

Limites actuelles

L’échantillon est petit et composé uniquement de séminaristes hommes dans un contexte universitaire précis. L’étude montre l’influence d’une variable situationnelle forte, sans prouver que les traits individuels ou les convictions morales seraient sans effet dans d’autres contextes.

SourcesDarley, 1973Batson, 2011

1998Mesure largement utilisée, validité individuelle limitée

Test d’associations implicites (IAT)

Le temps mis à associer des catégories sociales à des mots positifs ou négatifs peut révéler des associations automatiques que la personne ne rapporterait pas spontanément.

Protocole

Les participants classent rapidement des mots ou des images dans des catégories combinées, par exemple « personnes âgées + agréable » contre « personnes jeunes + agréable », en alternant les associations. Le temps de réaction et le taux d’erreur diffèrent selon que l’association est congruente ou non avec un stéréotype supposé.

Résultat

Une majorité de participants montre des temps de réaction plus rapides pour les associations congruentes avec des stéréotypes culturellement répandus, y compris des participants appartenant eux-mêmes au groupe visé. L’outil est devenu la mesure la plus utilisée des attitudes implicites en psychologie sociale.

Limites actuelles

La fiabilité test-retest d’un score individuel reste modeste, et sa capacité à prédire un comportement discriminatoire précis chez une personne donnée est faible, même si des effets agrégés au niveau des groupes sont détectables. Un score à l’IAT ne doit pas être présenté comme un diagnostic individuel de préjugé.

SourcesGreenwald, 1998Oswald, 2013

1995Effet moyen réel, généralisation et taille débattues

Menace du stéréotype

Dans certaines conditions de test, rendre saillant un stéréotype négatif sur son groupe peut dégrader la performance dans le domaine visé.

Protocole

Des étudiants noirs et blancs passaient un test difficile présenté soit comme diagnostique de capacité intellectuelle, soit comme un simple exercice de résolution de problèmes sans lien avec l’aptitude.

Résultat

Dans l’étude originale, les étudiants noirs obtenaient de moins bons résultats que les étudiants blancs lorsque le test était présenté comme diagnostique de capacité ; l’écart n’était pas observé dans la condition neutre. Le phénomène a ensuite été étudié pour d’autres groupes et d’autres domaines, comme les femmes en mathématiques.

Limites actuelles

Des méta-analyses ultérieures, tenant compte du biais de publication, ont trouvé un effet moyen réel mais plus modeste que ne le suggéraient les premières études, avec une forte hétérogénéité selon le contexte, l’enjeu réel du test et la population étudiée. L’effet ne permet pas d’expliquer à lui seul les écarts de résultats observés en dehors du laboratoire.

SourcesSteele, 1995Flore, 2015

2010Résultats hormonaux non confirmés, désavoués par une des autrices

Power posing

Adopter pendant deux minutes une posture corporelle « expansive » augmenterait la prise de risque et modifierait des hormones liées au pouvoir.

Protocole

Des participants maintenaient pendant deux minutes une posture ouverte et expansive ou une posture repliée et restreinte, puis passaient un jeu de pari et fournissaient un échantillon de salive pour mesurer testostérone et cortisol.

Résultat

L’étude originale rapportait davantage de prise de risque et des changements hormonaux (hausse de testostérone, baisse de cortisol) après les postures expansives, un résultat largement médiatisé, notamment via une conférence très regardée.

Limites actuelles

Une réplication à plus large échantillon n’a retrouvé aucun effet hormonal, et l’une des autrices de l’étude originale a publiquement reconnu que les preuves ne soutenaient plus l’effet hormonal, tout en jugeant qu’un effet subjectif plus modeste sur le sentiment de pouvoir restait possible. Le cas est aujourd’hui enseigné comme exemple de surinterprétation médiatique d’un résultat statistiquement fragile.

SourcesCarney, 2010Ranehill, 2015

06 études

Développement

1961Effet d’apprentissage robuste

Poupée Bobo

Des enfants reproduisent davantage des conduites agressives observées chez un modèle adulte.

Protocole

Des enfants voyaient un adulte agir de manière agressive ou calme envers une poupée gonflable, puis avaient accès à la même pièce et aux mêmes objets.

Résultat

L’exposition au modèle agressif augmentait les conduites imitatives, y compris des gestes et paroles spécifiques. Le résultat a soutenu l’apprentissage vicariant.

Limites actuelles

Frapper une poupée conçue pour se redresser n’équivaut pas à agresser une personne. Demande expérimentale, sélection de l’échantillon et contexte culturel limitent la généralisation aux conduites violentes réelles.

SourcesBandura, 1961Bandura, 2001

1958Résultat historique, protocole contraire aux normes actuelles

Harlow : contact et attachement

Chez de jeunes macaques séparés, le contact doux pouvait compter davantage que la seule source de nourriture.

Protocole

Des macaques avaient accès à une « mère » métallique fournissant du lait et à une structure recouverte de tissu, selon différentes conditions.

Résultat

Ils passaient davantage de temps auprès du support en tissu et le recherchaient lors d’une peur, contestant une explication de l’attachement fondée uniquement sur l’alimentation.

Limites actuelles

Les séparations provoquaient une souffrance sévère et ne seraient pas acceptables aujourd’hui. Les résultats chez le macaque ont contribué à l’étude de l’attachement, mais ne se transposent pas directement au développement humain.

SourcesHarlow, 1958van Rosmalen, 2016

1978Paradigme influent, interprétation contextuelle

Situation étrange d’Ainsworth

Les réactions d’un jeune enfant aux séparations et retrouvailles renseignent sur l’organisation de son attachement dans cette relation.

Protocole

Une séquence standardisée alterne présence du parent, arrivée d’une personne inconnue, brèves séparations et retrouvailles dans une pièce de jeu.

Résultat

Les conduites de proximité, d’exploration, d’évitement et de résistance ont permis de décrire plusieurs organisations d’attachement.

Limites actuelles

Il s’agit d’une observation structurée, pas d’un diagnostic de personnalité. Tempérament, culture, expérience de garde et relation spécifique influencent la conduite ; une classification ne résume pas toutes les relations de l’enfant.

SourcesAinsworth, 1978van IJzendoorn, 1988

1983Robuste, âge et méthode importants

Tâche de fausse croyance

Les enfants apprennent progressivement à prédire l’action d’une personne à partir de sa croyance erronée plutôt que de la réalité connue.

Protocole

Un personnage place un objet puis s’absente ; l’objet est déplacé. L’enfant doit prédire où le personnage le cherchera à son retour.

Résultat

Les réponses explicites correctes augmentent nettement autour de quatre à cinq ans. La tâche est devenue un repère de l’étude de la compréhension des états mentaux.

Limites actuelles

Langage, mémoire de travail et formulation de la question influencent la performance. Réussir une tâche ne mesure pas toute la mentalisation, et échouer ne signifie pas ignorer les états mentaux en général.

SourcesWimmer, 1983Wellman, 2001

1972Effet présent, prédiction populaire exagérée

Test du marshmallow

Attendre une récompense plus grande mobilise des stratégies de contrôle, mais ne révèle pas à lui seul une capacité stable déterminant la réussite future.

Protocole

Un enfant pouvait recevoir une petite récompense immédiatement ou attendre seul pour en obtenir davantage.

Résultat

Détourner son attention et transformer mentalement la récompense facilitaient l’attente. Des suivis ont relié le délai à certains résultats ultérieurs.

Limites actuelles

Les associations longitudinales diminuent fortement lorsqu’on tient compte du milieu familial, des capacités initiales et de la fiabilité perçue de l’environnement. Le test ne mesure ni la valeur d’un enfant ni son avenir.

SourcesMischel, 1972Watts, 2018

2019Effet réel mais de très faible ampleur à grande échelle

État d’esprit de développement : l’étude nationale américaine

Une intervention en ligne de moins d’une heure, encourageant les lycéens à croire que l’intelligence peut se développer, a légèrement amélioré les résultats des élèves les plus fragiles.

Protocole

Un échantillon représentatif de lycéens américains de niveau seconde fut réparti aléatoirement entre une intervention en ligne de deux courtes sessions présentant des arguments et témoignages sur la plasticité de l’intelligence, et une condition contrôle sans contenu sur l’état d’esprit.

Résultat

L’intervention a légèrement amélioré les notes des élèves initialement les plus faibles et augmenté le choix de cours plus exigeants, avec un effet plus marqué dans les établissements dont la culture soutenait déjà un état d’esprit de développement chez les pairs et les enseignants.

Limites actuelles

Les effets mesurés étaient statistiquement significatifs mais de faible ampleur individuelle, très loin des promesses parfois portées par la vulgarisation du concept. Une méta-analyse indépendante a trouvé des effets globalement faibles, l’étude soulignant surtout que l’effet dépend fortement du contexte scolaire environnant.

SourcesYeager, 2019Sisk, 2018

04 études

Apprentissage et clinique

1967Mécanisme révisé, étude animale historique

Impuissance apprise

L’absence répétée de contrôle sur un événement aversif peut modifier l’apprentissage ultérieur de l’échappement.

Protocole

Des chiens exposés à des chocs contrôlables, incontrôlables ou à aucun choc étaient ensuite placés dans une situation où l’échappement devenait possible.

Résultat

Après l’incontrôlabilité, certains apprenaient moins facilement à s’échapper. Les modèles ultérieurs ont déplacé l’explication vers la détection du contrôle et les circuits qui inhibent les réponses au stress.

Limites actuelles

Le protocole causait une souffrance animale importante. Le passage de cette tâche à la dépression humaine reste une analogie partielle ; la dépression n’est pas expliquée par un mécanisme unique.

SourcesOvermier, 1967Maier, 2016

1920Démonstration historique très fragile

« Petit Albert »

Cette étude prétendait montrer qu’une peur pouvait être conditionnée chez un nourrisson, mais ses données sont trop faibles pour soutenir le récit classique.

Protocole

Un nourrisson fut exposé à un rat blanc associé à un bruit soudain. Les chercheurs observèrent ensuite ses réactions au rat et à d’autres objets.

Résultat

Des réactions de retrait furent rapportées après les associations, avec une généralisation supposée à certains objets. Le suivi et la déconditionnalisation annoncée n’eurent pas lieu.

Limites actuelles

Un seul enfant, mesures non standardisées, interprétation ambiguë des films, histoire du participant incertaine et graves problèmes éthiques. L’étude illustre surtout les limites d’une démonstration devenue légende.

SourcesWatson, 1920Powell, 2014

1978Résultats répliqués partiellement, portée souvent exagérée

Rat Park

Des rats logés dans un environnement social et stimulant consommaient beaucoup moins de morphine que des rats isolés dans une petite cage.

Protocole

Des rats vivaient soit isolés dans des cages standards de laboratoire, soit ensemble dans un vaste enclos enrichi surnommé « Rat Park », avec accès à de la nourriture sucrée et à de l’eau contenant de la morphine.

Résultat

Les rats isolés consommaient nettement plus de solution morphinée que les rats du Rat Park, y compris lorsqu’ils avaient été rendus dépendants au préalable. L’étude a été mobilisée pour soutenir l’idée que l’environnement social et l’isolement jouent un rôle important dans l’addiction, au-delà de la seule pharmacologie.

Limites actuelles

Des tentatives de réplication indépendantes n’ont retrouvé qu’un effet partiel, dépendant du sexe des animaux et de la lignée de rats utilisée, et parfois aucun effet du tout. Le récit populaire selon lequel « l’addiction ne serait qu’une question d’environnement » simplifie excessivement des données par ailleurs réelles mais plus modestes et moins reproductibles qu’annoncé.

SourcesAlexander, 1978Petrie, 1996

1998Effet original non confirmé par une large réplication préenregistrée

Épuisement du moi (ego depletion)

Résister à une première tentation laisserait moins de ressource mentale disponible pour un second acte d’autocontrôle, comme un muscle fatigué.

Protocole

Des participants affamés étaient laissés seuls avec des radis et des biscuits, avec pour consigne de ne manger que les radis, puis devaient persévérer sur un puzzle en réalité insoluble. Leur temps de persévérance était comparé à celui de participants n’ayant pas eu à résister à une tentation.

Résultat

Le groupe ayant dû résister aux biscuits abandonnait le puzzle plus rapidement que le groupe contrôle, un résultat interprété comme la preuve d’une ressource d’autocontrôle limitée et épuisable, reproduit dans des dizaines d’études ultérieures avec des tâches variées.

Limites actuelles

Un projet de réplication multi-laboratoires préenregistré, mené par des équipes indépendantes selon un protocole standardisé, n’a trouvé aucun effet global significatif. Le débat reste ouvert sur les conditions précises dans lesquelles un effet, s’il existe, pourrait apparaître, mais la métaphore d’une ressource générale et uniforme d’autocontrôle est aujourd’hui largement remise en question.

SourcesBaumeister, 1998Hagger, 2016

03 études

Émotion

1962Théorie influente, réplications mitigées

Schachter et Singer : émotion et contexte

L’expérience proposait qu’un état physiologique ambigu soit interprété à partir du contexte social disponible.

Protocole

Des participants recevaient de l’adrénaline ou un placebo, avec des informations variables sur ses effets, puis rencontraient un complice euphorique ou irrité.

Résultat

Certains résultats soutenaient l’idée que l’activation non expliquée pouvait être étiquetée selon le contexte. Ils ont nourri la théorie bifactorielle de l’émotion.

Limites actuelles

Plusieurs prédictions étaient inégalement soutenues dès l’étude originale et les réplications ont été mitigées. L’émotion ne se réduit pas à une activation physiologique plus une étiquette cognitive.

SourcesSchachter, 1962Reisenzein, 1983

2003Effet comportemental robuste, interprétation neuronale débattue

Cyberball et l’exclusion sociale

Être exclu d’un jeu de balle virtuel avec deux inconnus suffit à provoquer une détresse mesurable ; l’interprétation de ses corrélats cérébraux reste discutée.

Protocole

Dans le jeu Cyberball, un participant en IRM fonctionnelle se croit en train de se lancer une balle virtuelle avec deux autres joueurs, en réalité des scripts informatiques, qui cessent progressivement de lui envoyer la balle.

Résultat

L’exclusion activait le cortex cingulaire antérieur dorsal et l’insula, des régions associées au traitement de la douleur physique, et l’intensité de cette activation était corrélée à la détresse rapportée. L’étude a nourri l’hypothèse d’un chevauchement partiel entre douleur sociale et douleur physique.

Limites actuelles

Une méta-analyse ultérieure portant sur l’ensemble des études d’imagerie utilisant Cyberball n’a pas retrouvé de soutien clair à l’hypothèse d’un recoupement spécifique avec le circuit de la douleur nociceptive. La détresse comportementale après une exclusion même minime et arbitraire reste, elle, un résultat robuste et largement répliqué.

SourcesEisenberger, 2003Cacioppo, 2013

1988Effet original non confirmé par une réplication multi-laboratoires

Rétroaction faciale : le crayon entre les dents

Tenir un crayon entre les dents, ce qui contracte les muscles du sourire sans le vouloir, rendrait des dessins humoristiques plus drôles.

Protocole

Les participants tenaient un stylo soit entre les dents (contraction proche du sourire, incompatible avec un froncement de sourcils), soit entre les lèvres (contraction incompatible avec le sourire), présenté comme un test de coordination, puis évaluaient l’humour de bandes dessinées.

Résultat

L’étude originale rapportait des évaluations d’humour plus élevées dans la condition « crayon entre les dents », interprétées comme un soutien à l’hypothèse de la rétroaction faciale, selon laquelle l’expression du visage influence en retour l’expérience émotionnelle ressentie.

Limites actuelles

Un projet de réplication préenregistré mené dans dix-sept laboratoires, avec les mêmes bandes dessinées et une caméra pour vérifier la posture, n’a trouvé aucun effet significatif. Des différences de matériel et la présence d’une caméra ont été proposées comme explications possibles, sans trancher définitivement le débat sur l’existence et l’ampleur de la rétroaction faciale.

SourcesStrack, 1988Wagenmakers, 2016

01 études

Clinique et institutions

1973Étude historique contestée

Rosenhan : « être sain dans des lieux insensés »

Des pseudo-patients furent hospitalisés après avoir signalé un symptôme fictif, soulevant la question du poids du contexte institutionnel dans l’interprétation clinique.

Protocole

Des volontaires auraient rapporté entendre une voix, puis se seraient comportés normalement après leur admission. Le personnel ne les identifia pas comme pseudo-patients.

Résultat

L’article décrivait des hospitalisations prolongées et la relecture de conduites ordinaires à travers le diagnostic attribué. Il eut un impact majeur sur la critique de l’institution psychiatrique.

Limites actuelles

Les archives disponibles, le nombre exact de participants et plusieurs récits ne peuvent pas être entièrement vérifiés. Le texte ne permet pas de mesurer seul la validité contemporaine du diagnostic psychiatrique.

SourcesRosenhan, 1973Spitzer, 1975

02 études

Métascience

2015Étude de référence sur la crise de la réplication

Estimer la reproductibilité de la science psychologique

Reproduire cent études publiées dans trois grandes revues de psychologie n’a permis de retrouver un résultat statistiquement significatif que dans un peu plus d’un tiers des cas.

Protocole

Plus de deux-cents chercheurs répartis en équipes ont tenté de reproduire cent études expérimentales et corrélationnelles publiées en 2008 dans trois revues de premier plan, en suivant autant que possible le protocole original, validé quand c’était possible par les auteurs initiaux.

Résultat

Alors que 97 % des études originales rapportaient un résultat significatif, seulement 36 % des réplications y parvenaient, et les tailles d’effet mesurées en réplication étaient en moyenne deux fois plus faibles que dans les études originales. Les effets issus de la psychologie sociale se répliquaient moins souvent que les effets cognitifs.

Limites actuelles

Certaines réplications elles-mêmes manquaient de puissance statistique, et un résultat non répliqué ne prouve pas que l’effet original était faux : différences de population, de contexte ou de matériel peuvent aussi jouer. L’étude reste néanmoins la démonstration la plus citée d’un problème structurel touchant une partie importante de la littérature publiée.

SourcesOpen Science Collaboration. (2015). Estimating the reproducibility of psychological science. Science, 2015Camerer, 2018

2011Démonstration de référence sur les pratiques analytiques

Simmons, Nelson et Simonsohn : la fabrique statistique des faux positifs

En exploitant des choix d’analyse ordinaires mais non déclarés, les auteurs ont statistiquement « prouvé » qu’écouter une chanson précise rendait plus jeune.

Protocole

Les auteurs ont mené une véritable expérience où des participants écoutaient soit une chanson enfantine, soit un morceau neutre, puis répondaient à un questionnaire incluant leur âge réel et celui d’un de leurs parents. En exploitant plusieurs degrés de liberté disponibles à l’analyse, comme l’ajout de variables de contrôle, l’arrêt de la collecte de données selon le résultat obtenu ou le choix a posteriori entre plusieurs mesures, ils ont obtenu un résultat statistiquement significatif et absurde sur le plan théorique.

Résultat

La flexibilité non déclarée dans la collecte et l’analyse des données permettait de transformer une absence totale d’effet réel en un résultat publiable avec un seuil de signification conventionnel. Les auteurs ont ensuite montré par simulation que cette flexibilité pouvait faire grimper le taux réel de faux positifs bien au-delà des 5 % nominalement acceptés.

Limites actuelles

La démonstration porte sur un cas volontairement caricatural construit pour illustrer un mécanisme statistique, pas sur une fraude ni sur l’ensemble de la littérature psychologique. Elle a néanmoins eu un impact durable en poussant vers la préenregistrement des hypothèses et des plans d’analyse, une pratique que les auteurs eux-mêmes ont ensuite formalisée.

SourcesSimmons, 2011Simmons, 2012

03 études

Criminologie

1996Robuste, taux de réplication variables

Kassin et Kiechel : provoquer un faux aveu en laboratoire

Une fausse preuve présentée avec assurance peut amener une personne innocente à signer un aveu, et parfois à croire elle-même à sa propre faute.

Protocole

Des participants effectuaient une tâche de frappe au clavier en étant prévenus de ne jamais toucher la touche ALT, censée faire planter l’ordinateur. L’ordinateur plantait ensuite artificiellement, et un faux témoin complice affirmait avoir vu le participant appuyer sur cette touche, alors que ce n’était jamais le cas. Le rythme de la tâche, rapide ou lent, variait selon les groupes.

Résultat

Une large majorité des participants signait un aveu écrit reconnaissant avoir appuyé sur la touche interdite. Une partie d’entre eux internalisait la faute, en venant à croire sincèrement l’avoir commise, et certains confabulaient ensuite des détails imaginaires cohérents avec le récit du faux témoin. Le rythme rapide et la présence du faux témoin augmentaient nettement ces taux.

Limites actuelles

Les conséquences d’un faux aveu de laboratoire restent mineures comparées à un interrogatoire pénal réel, sans risque de sanction ni techniques coercitives prolongées. Des réplications conceptuelles ultérieures ont retrouvé le phénomène mais avec des taux sensiblement différents selon la population testée et les détails du protocole, ce qui limite l’extrapolation directe d’un chiffre précis au monde judiciaire.

SourcesKassin, 1996Horselenberg, 2003

1985Effet répliqué, avantage net plus modeste qu’annoncé initialement

Parades d’identification : présentation séquentielle contre simultanée

Montrer les suspects d’une parade d’identification un par un plutôt que tous en même temps réduit le risque qu’un témoin oculaire désigne la mauvaise personne.

Protocole

Wells et ses collègues ont comparé des parades d’identification présentées simultanément, tous les suspects visibles en même temps, à des parades présentées séquentiellement, un suspect à la fois avec une décision requise avant de passer au suivant, dans des scénarios où le vrai coupable était absent ou présent parmi les photos ou personnes montrées à des témoins d’une mise en scène de crime.

Résultat

La présentation séquentielle réduisait nettement les identifications erronées lorsque le coupable était absent de la parade, sans réduire dans les mêmes proportions les identifications correctes lorsqu’il y était présent. Une vaste méta-analyse ultérieure portant sur plus de treize mille témoins a confirmé une baisse d’environ un cinquième des erreurs avec la méthode séquentielle.

Limites actuelles

L’avantage de la méthode séquentielle se réduit lorsque des variables plus proches des conditions réelles sont prises en compte, comme l’expérience de l’administrateur de la parade ou le délai depuis les faits, et certains laboratoires ont retrouvé des différences plus faibles que d’autres. Les deux procédures restent par ailleurs vulnérables à un enquêteur qui connaîtrait l’identité du suspect et l’indiquerait involontairement au témoin.

SourcesLindsay, 1985Steblay, 2011

2016Analyse indépendante solide, interprétation du biais disputée

COMPAS : un algorithme de récidive scruté par ProPublica

Une enquête statistique indépendante a mis en évidence des taux d’erreur distincts selon la race dans les scores de récidive produits par COMPAS.

Protocole

Des journalistes ont obtenu les scores de risque attribués par le logiciel COMPAS à plus de sept mille personnes prévenues dans un comté de Floride, puis ont croisé ces scores avec les données réelles de récidive sur deux ans afin de comparer les taux d’erreur du logiciel selon l’origine ethnique déclarée des personnes évaluées.

Résultat

Les prévenus noirs qui n’ont pas récidivé étaient classés à tort comme à haut risque presque deux fois plus souvent que les prévenus blancs dans la même situation, tandis que les prévenus blancs qui récidivaient étaient à l’inverse classés à tort comme à faible risque plus souvent que les prévenus noirs. L’entreprise éditrice du logiciel a contesté ces conclusions en mettant en avant une autre mesure de calibration selon laquelle l’outil restait équitable.

Limites actuelles

Des travaux ultérieurs ont montré que les deux camps avaient statistiquement raison chacun selon sa propre définition de l’équité, ces définitions étant mathématiquement incompatibles dès que les taux de récidive de base diffèrent entre groupes. Une étude indépendante a par ailleurs montré que les prédictions de COMPAS n’étaient pas plus précises que celles de personnes sans aucune formation en justice pénale, ce qui interroge la valeur ajoutée de l’outil au-delà même du débat sur le biais racial.

SourcesAngwin, 2016Dressel, 2018

01 études

Motivation

1971Effet répliqué, ampleur dépendante du type de récompense

Deci et le cube Soma : quand la récompense affaiblit la motivation

Payer une personne pour une activité qu’elle trouvait déjà intéressante peut réduire l’envie d’y revenir librement une fois le paiement supprimé.

Protocole

Des participants résolvaient des casse-tête en cubes Soma jugés plaisants lors d’une première séance sans récompense. Lors d’une deuxième séance, un groupe recevait une somme d’argent par puzzle résolu tandis que l’autre n’en recevait pas, puis chacun bénéficiait d’une période de « libre choix » où l’expérimentateur quittait la pièce et où le participant pouvait continuer l’activité ou faire autre chose.

Résultat

Le groupe ayant été payé passait ensuite significativement moins de temps à jouer librement avec les cubes lors de la séance où la récompense n’était plus proposée, comparé au groupe jamais payé. Ce résultat contredisait la prédiction behavioriste selon laquelle une récompense externe renforce toujours un comportement, et a fondé le concept d’effet de surjustification.

Limites actuelles

L’effet mesuré porte sur un temps de jeu libre en laboratoire, pas sur la motivation à long terme dans un contexte scolaire ou professionnel réel. Une méta-analyse ultérieure portant sur plus d’une centaine d’études a confirmé l’affaiblissement pour les récompenses tangibles et attendues, tout en montrant que les retours verbaux positifs peuvent au contraire renforcer la motivation intrinsèque, nuançant toute généralisation simple.

SourcesDeci, 1971Deci, 1999