Définition
Définition et périmètre
Dans ses textes de 1924, Freud pose que la psychose, à la différence de la névrose, implique un reniement (Verleugnung) d’une partie de la réalité elle-même plutôt qu’un simple refoulement de la pulsion, ce reniement laissant place à une reconstruction délirante ou hallucinatoire venant combler le vide ainsi créé. Jacques Lacan reprend et précise ce mécanisme dans son séminaire de 1955-1956 consacré aux psychoses, en proposant le terme de forclusion pour désigner non un rejet secondaire d’un contenu déjà symbolisé, comme dans le refoulement névrotique, mais l’absence originaire d’inscription d’un signifiant fondamental dans l’appareil psychique, ce qui explique pour lui le retour de ce non-symbolisé sous forme hallucinatoire dans le réel. Cette conception structurale a également perdu son statut nosographique officiel avec le DSM-III en 1980, la psychiatrie contemporaine préférant des catégories cliniques comme la schizophrénie, le trouble délirant ou le trouble schizoaffectif, définies par des critères symptomatiques et évolutifs indépendants de toute hypothèse sur le mécanisme psychique sous-jacent.Freud, 1924 · Lacan, 1993
Le terme appartient à un cadre psychodynamique : il formule une hypothèse sur l’organisation de l’expérience, et non un fait directement observable de la même manière qu’un comportement ou un résultat expérimental. Sa portée dépend donc du modèle mobilisé et des indices qui soutiennent l’interprétation.Freud, 1924 · Lacan, 1993
Cadre théorique
Place dans les modèles psychodynamiques
Psychose appartient à un vocabulaire élaboré pour décrire des conflits, des défenses, des représentations de soi et d’autrui ou des répétitions relationnelles. Les écoles psychanalytiques et psychodynamiques n’en donnent pas toujours la même définition : préciser l’auteur ou le modèle évite de présenter une tradition plurielle comme une théorie unique.Lacan, 1993 · Bayer, 1985 · Laplanche, 1973
Dans la pratique clinique, le concept ne vaut pas comme explication automatique. Il sert à organiser des observations répétées, à formuler une hypothèse révisable et à examiner ce que cette hypothèse permet — ou non — de comprendre du matériel clinique.Lacan, 1993 · Bayer, 1985 · Laplanche, 1973
Observer
Formes et variations
Ces situations montrent comment la notion peut orienter une lecture. Elles restent des hypothèses parmi d’autres et prennent sens seulement à partir du contexte et des associations de la personne.Lacan, 1993 · Bayer, 1985 · Laplanche, 1973
- Un délire de persécution qui vient combler, pour un patient, l’absence de sens qu’il ne peut trouver ailleurs à une situation vécue comme menaçante illustre la fonction de reconstruction substitutive que Freud attribue à la psychose.
- La reformulation lacanienne de la forclusion en 1955-1956 comme absence d’inscription initiale d’un signifiant, plutôt que comme rejet secondaire, illustre la nuance apportée par Lacan au mécanisme freudien du reniement.
Interpréter avec prudence
Indices, contexte et hypothèses concurrentes
Une lecture psychodynamique solide s’appuie sur plusieurs éléments convergents : récurrence d’un thème, contexte affectif, associations de la personne, évolution dans la relation et effets d’une interprétation. Un épisode isolé, une intuition du clinicien ou un symbole supposé universel ne suffisent pas.Bayer, 1985 · Laplanche, 1973
La notion peut être mise en relation avec Déni, Schizophrénie, Névrose et État-limite (organisation limite). Ces rapprochements doivent rester comparatifs : ils permettent de demander quel modèle décrit le mieux la situation, plutôt que d’empiler plusieurs explications invérifiables.Bayer, 1985 · Laplanche, 1973
État des connaissances
Portée et limites du concept
Le statut empirique de psychose ne se confond pas avec son importance historique ou clinique. Certains aspects peuvent être étudiés indirectement, tandis que d’autres dépendent d’une construction théorique difficile à opérationnaliser. La fiche distingue donc la définition du concept, ses usages et le niveau de preuve disponible.Lacan, 1993 · Bayer, 1985 · Laplanche, 1973
Le terme ne doit pas servir à neutraliser un désaccord, attribuer une intention cachée avec certitude ou transformer une reconstruction en souvenir factuel. Une interprétation utile reste formulée au conditionnel, confrontée à d’autres hypothèses et abandonnée si elle n’éclaire pas l’expérience.Lacan, 1993 · Bayer, 1985 · Laplanche, 1973
Références
- Bayer, R., & Spitzer, R. L. (1985). Neurosis, psychodynamics, and DSM-III: A history of the controversy. Archives of General Psychiatry, 42(2), 187-196.
- Freud, S. (1924). Neurosis and psychosis. In The Standard Edition of the Complete Psychological Works of Sigmund Freud (Vol. 19, pp. 149-153). Hogarth Press.
- Lacan, J. (1993). The Seminar of Jacques Lacan, Book III: The Psychoses, 1955-1956 (R. Grigg, Trans.). W. W. Norton.
- Laplanche, J., & Pontalis, J.-B. (1973). The Language of Psycho-Analysis (D. Nicholson-Smith, Trans.). W. W. Norton.
Dernière révision documentaire : septembre 2026.