Définition

Définition et périmètre

La relativité linguistique, souvent désignée par le nom d’hypothèse de Sapir-Whorf, pose la question de savoir si la langue parlée influence la pensée. Sa version forte, selon laquelle le langage déterminerait rigidement les catégories de pensée disponibles, échoue à plusieurs tests élémentaires : des locuteurs multilingues pensent sans difficulté insurmontable au-delà des catégories d’une seule de leurs langues, et un réexamen philologique des données originales de Whorf sur le hopi a montré qu’elles étaient nettement plus fragiles que la version popularisée ne le laisse penser. Une version faible et localisée résiste en revanche à l’examen pour des domaines précis : en 2007, Winawer et ses collègues montrent que les locuteurs russes, dont la langue distingue obligatoirement deux mots pour le bleu clair et le bleu foncé, discriminent plus rapidement deux nuances de bleu appartenant à ces catégories distinctes, un avantage qui disparaît sous une tâche verbale interférente mais pas sous une tâche spatiale ; un résultat phare inverse, celui de Boroditsky en 2001 sur le temps chez les locuteurs du mandarin, n’a pas résisté à des tentatives de réplication indépendantes publiées en 2007.Winawer, 2007 · Boroditsky, 2001

Cette notion décrit un fonctionnement possible, dont l’intensité et les effets varient selon la situation. La reconnaître suppose d’examiner ce qui la déclenche, la fonction qu’elle prend et ce qu’elle produit dans le temps, plutôt que de s’arrêter à une conduite isolée.Winawer, 2007 · Boroditsky, 2001

Comprendre

Mécanisme et fonction

Relativité linguistique (hypothèse Sapir-Whorf) dépend de la manière dont l’information est sélectionnée, interprétée et maintenue disponible. Le processus peut être rapide ou réfléchi, volontaire ou partiellement automatique ; ces dimensions doivent être distinguées avant de lui attribuer une cause unique.Boroditsky, 2001 · January, 2007 · Majid, 2004

Son caractère utile ou coûteux dépend moins de sa simple présence que de sa fréquence, de sa souplesse et de son ajustement au contexte. Un fonctionnement ponctuel peut soutenir l’adaptation ; le même fonctionnement, devenu automatique ou exclusif, peut réduire les possibilités de réponse.Boroditsky, 2001 · January, 2007 · Majid, 2004

Observer

Formes et variations

Les exemples rendent la notion plus concrète sans en faire une règle générale. Un même comportement peut remplir une autre fonction dans une autre situation.Boroditsky, 2001 · January, 2007 · Majid, 2004

  • La capacité d’un locuteur russe à distinguer plus vite deux nuances de bleu appartenant à ses deux catégories lexicales distinctes, mesurée par Winawer et ses collègues en 2007, illustre le type d’effet étroit et répliqué que la version faible de l’hypothèse permet d’établir.
  • L’échec des six tentatives de réplication de l’effet de Boroditsky sur le temps chez les locuteurs du mandarin, publiées par January et Kako en 2007, illustre à l’inverse la fragilité de plusieurs résultats très cités du champ.
Boroditsky, 2001 · January, 2007 · Majid, 2004

Distinguer

Notions proches et limites

Relativité linguistique (hypothèse Sapir-Whorf) est notamment rapproché de Pauvreté du stimulus. Ces relations signalent des recouvrements possibles, pas des synonymes : deux notions peuvent produire des conduites semblables tout en différant par leur déclencheur, leur fonction ou leur temporalité.January, 2007 · Majid, 2004

La notion devient peu informative lorsqu’elle est utilisée comme une étiquette globale. Elle gagne au contraire en précision lorsqu’on peut décrire les situations où elle apparaît, les changements qui la modifient et les observations qui contrediraient l’hypothèse.Boroditsky, 2001 · January, 2007 · Majid, 2004

Références

  1. Boroditsky, L. (2001). Does language shape thought? Mandarin and English speakers’ conceptions of time. Cognitive Psychology, 43(1), 1-22.
  2. January, D., & Kako, E. (2007). Re-evaluating evidence for linguistic relativity: Reply to Boroditsky (2001). Cognition, 104(2), 417-426.
  3. Majid, A., Bowerman, M., Kita, S., Haun, D. B. M., & Levinson, S. C. (2004). Can language restructure cognition? The case for space. Trends in Cognitive Sciences, 8(3), 108-114.
  4. Winawer, J., Witthoft, N., Frank, M. C., Wu, L., Wade, A. R., & Boroditsky, L. (2007). Russian blues reveal effects of language on color discrimination. Proceedings of the National Academy of Sciences, 104(19), 7780-7785.

Dernière révision documentaire : septembre 2026.