Définition

Définition et périmètre

Le neuropsychiatre russe Sergueï Korsakoff décrit à la fin du dix-neuvième siècle un syndrome amnésique sévère et chronique qu’il associe à des usages sévères et prolongés d’alcool, la cause principale identifiée depuis étant une carence prolongée en thiamine, une vitamine B1 essentielle au métabolisme cérébral du glucose, la dénutrition associée à un usage sévère d’alcool en constituant la voie la plus fréquente bien que des causes non alcooliques, comme des vomissements prolongés ou une chirurgie bariatrique compliquée, existent également. Le syndrome survient typiquement à la suite d’un épisode aigu d’encéphalopathie de Gayet-Wernicke, caractérisé par une confusion, des troubles oculomoteurs et une instabilité de la marche, non traité ou traité tardivement par une supplémentation en thiamine ; il associe alors une amnésie antérograde marquée touchant les corps mamillaires et le thalamus, une amnésie rétrograde d’étendue variable et, chez une partie seulement des patients, des confabulations qui tendent à s’atténuer avec le temps et ne constituent pas un critère diagnostique obligatoire.Kopelman, 2002 · Kopelman, 2009

Syndrome de Korsakoff s’inscrit dans l’ensemble « Mémoire ». Ce rattachement situe son niveau d’analyse sans le confondre avec toute la famille : ses critères, sa fonction ou son statut théorique doivent être examinés séparément.Kopelman, 2002 · Kopelman, 2009

Approche psychodynamique

Formulation psychodynamique complémentaire

Pour syndrome de korsakoff, le diagnostic décrit un tableau reconnaissable ; il ne décrit pas à lui seul la manière singulière dont la personne organise son expérience. Le PDM-3 propose de compléter les symptômes par le fonctionnement mental, l’organisation de la personnalité, l’expérience subjective, le contexte développemental et culturel, ainsi que les forces disponibles.

La formulation examine la qualité du sentiment de soi, la régulation des affects, les défenses, les conflits, les représentations relationnelles et la manière dont les symptômes sont vécus. Elle s’intéresse aussi aux ressources : capacité de mentalisation, souplesse, relations soutenantes et possibilités de donner une forme psychique à l’expérience.

Cette lecture reste une formulation clinique à construire avec la personne. Elle exige des observations répétées et des hypothèses concurrentes : le même symptôme peut prendre plusieurs fonctions, et une interprétation ne devient pas vraie parce qu’elle utilise le vocabulaire de l’inconscient, des défenses ou du transfert.

Le niveau de preuve dépend du tableau et de la méthode considérés. Une perspective psychodynamique peut enrichir la compréhension clinique sans devenir automatiquement une indication de psychanalyse ni une explication causale du diagnostic.Kopelman, 2002 · Kopelman, 2009 · Victor, 1989

Observer

Manifestations possibles

Les exemples suivants illustrent des éléments possibles du tableau. Ils ne reproduisent pas des critères complets et ne permettent pas, à eux seuls, d’identifier un diagnostic.Kopelman, 2009 · Victor, 1989 · Arts, 2017

  • Un patient présentant un syndrome de Korsakoff qui invente sincèrement, sans intention de tromper, le récit d’une activité de la matinée qu’il n’a en réalité jamais faite illustre la confabulation associée à ce syndrome chez certains patients.
  • Le fait qu’une supplémentation précoce en thiamine chez un patient présentant une encéphalopathie de Gayet-Wernicke puisse prévenir l’évolution vers un syndrome de Korsakoff constitué souligne l’urgence de ce diagnostic.
Kopelman, 2009 · Victor, 1989 · Arts, 2017

Évaluation clinique

Ce que l’évaluation examine

L’évaluation de Syndrome de Korsakoff recherche une configuration cohérente de manifestations, leur installation dans le temps et leur retentissement. Elle tient aussi compte de l’âge, du développement, du contexte culturel, des traitements, des substances et des affections médicales susceptibles de produire un tableau voisin.Kopelman, 2009 · Victor, 1989 · Arts, 2017

  • La nature, l’intensité et la combinaison des manifestations rapportées ou observées.
  • Le début, la durée, la fréquence et les changements au cours du temps.
  • Le retentissement sur la vie quotidienne, les relations, les études, le travail ou la santé.
  • Les autres hypothèses cliniques, médicales, développementales ou liées au contexte.
Kopelman, 2009 · Victor, 1989 · Arts, 2017

Distinguer

Chevauchements et diagnostic différentiel

Des recouvrements existent notamment avec Amnésie antérograde et Confabulation. Une ressemblance partielle ne permet pas de trancher : la chronologie, les manifestations absentes, les conditions d’apparition et le fonctionnement entre les épisodes peuvent modifier l’hypothèse.Victor, 1989 · Arts, 2017

Les comorbidités sont fréquentes et peuvent modifier la présentation. L’évaluation doit aussi rechercher les urgences somatiques ou psychiatriques et les situations où une intervention rapide est nécessaire, sans présumer que toute souffrance relève de ce diagnostic.Victor, 1989 · Arts, 2017

Dans le temps

Évolution et accompagnement

Les trajectoires sont hétérogènes : intensité, continuité, épisodes, rémissions et besoins de soutien peuvent varier fortement d’une personne à l’autre. Les facteurs de protection, les conditions de vie et les difficultés associées comptent autant que l’étiquette diagnostique dans la compréhension de l’évolution.Kopelman, 2009 · Victor, 1989 · Arts, 2017

La prise en charge repose sur une formulation individualisée et peut associer information, interventions psychologiques, aménagements sociaux ou éducatifs et traitements médicaux selon le trouble et les recommandations. Une description générale informe sur les options possibles ; elle ne remplace pas une décision partagée avec un professionnel.Kopelman, 2009 · Victor, 1989 · Arts, 2017

Classification

Frontières et limites de la catégorie

Les classifications CIM et DSM sont des outils de description et de communication. Leurs critères peuvent différer et évoluer ; ils n’expliquent pas à eux seuls les causes du trouble. Les approches dimensionnelles complètent souvent les catégories en décrivant la sévérité et les domaines de fonctionnement concernés.Kopelman, 2009 · Victor, 1989 · Arts, 2017

Employer le diagnostic avec précision implique enfin de séparer la catégorie clinique de la personne. Le vocabulaire sert à rendre un tableau compréhensible et à orienter les soins, non à réduire une histoire, des capacités ou une identité à un nom de trouble.Kopelman, 2009 · Victor, 1989 · Arts, 2017

Références

  1. Arts, N. J. M., Walvoort, S. J. W., & Kessels, R. P. C. (2017). Korsakoff’s syndrome: A critical review. Neuropsychiatric Disease and Treatment, 13, 2875-2890.
  2. Kopelman, M. D. (2002). Disorders of memory. Brain, 125(10), 2152-2190.
  3. Kopelman, M. D., Thomson, A. D., Guerrini, I., & Marshall, E. J. (2009). The Korsakoff syndrome: Clinical aspects, psychology and treatment. Alcohol and Alcoholism, 44(2), 148-154.
  4. Victor, M., Adams, R. D., & Collins, G. H. (1989). The Wernicke-Korsakoff Syndrome and Related Neurologic Disorders Due to Alcoholism and Malnutrition. F. A. Davis.

Dernière révision documentaire : septembre 2026.