Définition
Définition et périmètre
Le patient Henry Molaison, désigné H.M. dans la littérature scientifique jusqu’à son décès en 2008, subit en 1953 l’ablation bilatérale de ses hippocampes et de structures temporales médianes adjacentes pour traiter une épilepsie sévère résistante aux traitements de l’époque. Brenda Milner l’étudie pendant des décennies et documente une amnésie antérograde profonde : H.M. conserve une intelligence générale, un langage et une mémoire à court terme intacts, mais devient incapable de retenir consciemment un nouvel événement au-delà de quelques minutes, oubliant par exemple avoir déjà rencontré une personne quelques instants plus tôt. Milner montre par ailleurs, avec la tâche du dessin en miroir, que H.M. améliore sa performance motrice de jour en jour tout en niant sincèrement avoir jamais pratiqué cette tâche, une dissociation entre mémoire déclarative abolie et mémoire procédurale préservée qui fonde une bonne partie de la neuropsychologie moderne de la mémoire.Scoville, 1957 · Milner, 1968
Amnésie antérograde s’inscrit dans l’ensemble « Mémoire ». Ce rattachement situe son niveau d’analyse sans le confondre avec toute la famille : ses critères, sa fonction ou son statut théorique doivent être examinés séparément.Scoville, 1957 · Milner, 1968
Approche psychodynamique
Formulation psychodynamique complémentaire
Pour amnésie antérograde, le diagnostic décrit un tableau reconnaissable ; il ne décrit pas à lui seul la manière singulière dont la personne organise son expérience. Le PDM-3 propose de compléter les symptômes par le fonctionnement mental, l’organisation de la personnalité, l’expérience subjective, le contexte développemental et culturel, ainsi que les forces disponibles.
La formulation examine la qualité du sentiment de soi, la régulation des affects, les défenses, les conflits, les représentations relationnelles et la manière dont les symptômes sont vécus. Elle s’intéresse aussi aux ressources : capacité de mentalisation, souplesse, relations soutenantes et possibilités de donner une forme psychique à l’expérience.
Cette lecture reste une formulation clinique à construire avec la personne. Elle exige des observations répétées et des hypothèses concurrentes : le même symptôme peut prendre plusieurs fonctions, et une interprétation ne devient pas vraie parce qu’elle utilise le vocabulaire de l’inconscient, des défenses ou du transfert.
Le niveau de preuve dépend du tableau et de la méthode considérés. Une perspective psychodynamique peut enrichir la compréhension clinique sans devenir automatiquement une indication de psychanalyse ni une explication causale du diagnostic.Scoville, 1957 · Milner, 1968 · Corkin, 2002
Observer
Manifestations possibles
Les exemples suivants illustrent des éléments possibles du tableau. Ils ne reproduisent pas des critères complets et ne permettent pas, à eux seuls, d’identifier un diagnostic.Milner, 1968 · Corkin, 2002 · Squire, 1992
- H.M. relisant le même magazine chaque jour sans jamais reconnaître l’avoir déjà lu illustre concrètement l’amnésie antérograde sévère qu’il présentait.
- Un patient qui, après un traumatisme crânien, ne peut plus se souvenir des visites reçues à l’hôpital une heure plus tôt tout en se rappelant parfaitement son enfance illustre un profil d’amnésie antérograde sans atteinte majeure de la mémoire ancienne.
Évaluation clinique
Ce que l’évaluation examine
L’évaluation de Amnésie antérograde recherche une configuration cohérente de manifestations, leur installation dans le temps et leur retentissement. Elle tient aussi compte de l’âge, du développement, du contexte culturel, des traitements, des substances et des affections médicales susceptibles de produire un tableau voisin.Milner, 1968 · Corkin, 2002 · Squire, 1992
- La nature, l’intensité et la combinaison des manifestations rapportées ou observées.
- Le début, la durée, la fréquence et les changements au cours du temps.
- Le retentissement sur la vie quotidienne, les relations, les études, le travail ou la santé.
- Les autres hypothèses cliniques, médicales, développementales ou liées au contexte.
Distinguer
Chevauchements et diagnostic différentiel
Des recouvrements existent notamment avec Amnésie rétrograde, Syndrome de Korsakoff et Mémoire implicite et mémoire explicite. Une ressemblance partielle ne permet pas de trancher : la chronologie, les manifestations absentes, les conditions d’apparition et le fonctionnement entre les épisodes peuvent modifier l’hypothèse.Corkin, 2002 · Squire, 1992
Les comorbidités sont fréquentes et peuvent modifier la présentation. L’évaluation doit aussi rechercher les urgences somatiques ou psychiatriques et les situations où une intervention rapide est nécessaire, sans présumer que toute souffrance relève de ce diagnostic.Corkin, 2002 · Squire, 1992
Dans le temps
Évolution et accompagnement
Les trajectoires sont hétérogènes : intensité, continuité, épisodes, rémissions et besoins de soutien peuvent varier fortement d’une personne à l’autre. Les facteurs de protection, les conditions de vie et les difficultés associées comptent autant que l’étiquette diagnostique dans la compréhension de l’évolution.Milner, 1968 · Corkin, 2002 · Squire, 1992
La prise en charge repose sur une formulation individualisée et peut associer information, interventions psychologiques, aménagements sociaux ou éducatifs et traitements médicaux selon le trouble et les recommandations. Une description générale informe sur les options possibles ; elle ne remplace pas une décision partagée avec un professionnel.Milner, 1968 · Corkin, 2002 · Squire, 1992
Classification
Frontières et limites de la catégorie
Les classifications CIM et DSM sont des outils de description et de communication. Leurs critères peuvent différer et évoluer ; ils n’expliquent pas à eux seuls les causes du trouble. Les approches dimensionnelles complètent souvent les catégories en décrivant la sévérité et les domaines de fonctionnement concernés.Milner, 1968 · Corkin, 2002 · Squire, 1992
Employer le diagnostic avec précision implique enfin de séparer la catégorie clinique de la personne. Le vocabulaire sert à rendre un tableau compréhensible et à orienter les soins, non à réduire une histoire, des capacités ou une identité à un nom de trouble.Milner, 1968 · Corkin, 2002 · Squire, 1992
Références
- Corkin, S. (2002). What’s new with the amnesic patient H.M.? Nature Reviews Neuroscience, 3(2), 153-160.
- Milner, B., Corkin, S., & Teuber, H. L. (1968). Further analysis of the hippocampal amnesic syndrome: 14-year follow-up study of H.M. Neuropsychologia, 6(3), 215-234.
- Scoville, W. B., & Milner, B. (1957). Loss of recent memory after bilateral hippocampal lesions. Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry, 20(1), 11-21.
- Squire, L. R. (1992). Declarative and nondeclarative memory: Multiple brain systems supporting learning and memory. Journal of Cognitive Neuroscience, 4(3), 232-243.
Dernière révision documentaire : septembre 2026.