Définition
Définition et périmètre
Le DSM-5, publié en 2013, emploie le terme de trouble neurocognitif majeur pour un déclin significatif documenté dans un ou plusieurs domaines, comme la mémoire, le langage, les fonctions exécutives ou la cognition sociale, et suffisamment marqué pour compromettre l’autonomie dans les activités quotidiennes. Cette catégorie comprend différentes causes. La maladie d’Alzheimer est fréquente, avec des marqueurs neuropathologiques caractéristiques ; une atteinte vasculaire, une maladie à corps de Lewy ou une dégénérescence frontotemporale peuvent aussi conduire à un trouble neurocognitif majeur, avec des profils cliniques différents. L’évaluation ne se déduit pas d’un oubli isolé et demande de considérer l’évolution, le fonctionnement antérieur et les causes médicales possibles.American Psychiatric Association (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5th ed.). American Psychiatric Publishing., 2013 · Sachdev, 2014
Trouble neurocognitif majeur s’inscrit dans l’ensemble « Mémoire ». Ce rattachement situe son niveau d’analyse sans le confondre avec toute la famille : ses critères, sa fonction ou son statut théorique doivent être examinés séparément.American Psychiatric Association (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5th ed.). American Psychiatric Publishing., 2013 · Sachdev, 2014
Approche psychodynamique
Formulation psychodynamique complémentaire
Pour trouble neurocognitif majeur, le diagnostic décrit un tableau reconnaissable ; il ne décrit pas à lui seul la manière singulière dont la personne organise son expérience. Le PDM-3 propose de compléter les symptômes par le fonctionnement mental, l’organisation de la personnalité, l’expérience subjective, le contexte développemental et culturel, ainsi que les forces disponibles.
La formulation examine la qualité du sentiment de soi, la régulation des affects, les défenses, les conflits, les représentations relationnelles et la manière dont les symptômes sont vécus. Elle s’intéresse aussi aux ressources : capacité de mentalisation, souplesse, relations soutenantes et possibilités de donner une forme psychique à l’expérience.
Cette lecture reste une formulation clinique à construire avec la personne. Elle exige des observations répétées et des hypothèses concurrentes : le même symptôme peut prendre plusieurs fonctions, et une interprétation ne devient pas vraie parce qu’elle utilise le vocabulaire de l’inconscient, des défenses ou du transfert.
Le niveau de preuve dépend du tableau et de la méthode considérés. Une perspective psychodynamique peut enrichir la compréhension clinique sans devenir automatiquement une indication de psychanalyse ni une explication causale du diagnostic.American Psychiatric Association (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5th ed.). American Psychiatric Publishing., 2013 · Sachdev, 2014 · Scheltens, 2021
Observer
Manifestations possibles
Les exemples suivants illustrent des éléments possibles du tableau. Ils ne reproduisent pas des critères complets et ne permettent pas, à eux seuls, d’identifier un diagnostic.Sachdev, 2014 · Scheltens, 2021 · Livingston, 2020
- Une personne qui devient incapable de gérer seule ses médicaments ou ses finances en raison d’un déclin cognitif progressif, alors qu’elle en était capable un an plus tôt, correspond au critère fonctionnel du trouble neurocognitif majeur.
- Un trouble neurocognitif majeur à corps de Lewy qui débute par des hallucinations visuelles récurrentes plutôt que par des troubles de mémoire illustre la diversité des profils cliniques regroupés sous ce terme.
Évaluation clinique
Ce que l’évaluation examine
L’évaluation de Trouble neurocognitif majeur recherche une configuration cohérente de manifestations, leur installation dans le temps et leur retentissement. Elle tient aussi compte de l’âge, du développement, du contexte culturel, des traitements, des substances et des affections médicales susceptibles de produire un tableau voisin.Sachdev, 2014 · Scheltens, 2021 · Livingston, 2020
- La nature, l’intensité et la combinaison des manifestations rapportées ou observées.
- Le début, la durée, la fréquence et les changements au cours du temps.
- Le retentissement sur la vie quotidienne, les relations, les études, le travail ou la santé.
- Les autres hypothèses cliniques, médicales, développementales ou liées au contexte.
Distinguer
Chevauchements et diagnostic différentiel
Des recouvrements existent notamment avec Trouble neurocognitif léger et Amnésie antérograde. Une ressemblance partielle ne permet pas de trancher : la chronologie, les manifestations absentes, les conditions d’apparition et le fonctionnement entre les épisodes peuvent modifier l’hypothèse.Scheltens, 2021 · Livingston, 2020
Les comorbidités sont fréquentes et peuvent modifier la présentation. L’évaluation doit aussi rechercher les urgences somatiques ou psychiatriques et les situations où une intervention rapide est nécessaire, sans présumer que toute souffrance relève de ce diagnostic.Scheltens, 2021 · Livingston, 2020
Dans le temps
Évolution et accompagnement
Les trajectoires sont hétérogènes : intensité, continuité, épisodes, rémissions et besoins de soutien peuvent varier fortement d’une personne à l’autre. Les facteurs de protection, les conditions de vie et les difficultés associées comptent autant que l’étiquette diagnostique dans la compréhension de l’évolution.Sachdev, 2014 · Scheltens, 2021 · Livingston, 2020
La prise en charge repose sur une formulation individualisée et peut associer information, interventions psychologiques, aménagements sociaux ou éducatifs et traitements médicaux selon le trouble et les recommandations. Une description générale informe sur les options possibles ; elle ne remplace pas une décision partagée avec un professionnel.Sachdev, 2014 · Scheltens, 2021 · Livingston, 2020
Classification
Frontières et limites de la catégorie
Les classifications CIM et DSM sont des outils de description et de communication. Leurs critères peuvent différer et évoluer ; ils n’expliquent pas à eux seuls les causes du trouble. Les approches dimensionnelles complètent souvent les catégories en décrivant la sévérité et les domaines de fonctionnement concernés.Sachdev, 2014 · Scheltens, 2021 · Livingston, 2020
Employer le diagnostic avec précision implique enfin de séparer la catégorie clinique de la personne. Le vocabulaire sert à rendre un tableau compréhensible et à orienter les soins, non à réduire une histoire, des capacités ou une identité à un nom de trouble.Sachdev, 2014 · Scheltens, 2021 · Livingston, 2020
Références
- American Psychiatric Association (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5th ed.). American Psychiatric Publishing.
- Livingston, G., Huntley, J., Sommerlad, A., et al. (2020). Dementia prevention, intervention, and care: 2020 report of the Lancet Commission. The Lancet, 396(10248), 413-446.
- Sachdev, P. S., Blacker, D., Blazer, D. G., Ganguli, M., Jeste, D. V., Paulsen, J. S., & Petersen, R. C. (2014). Classifying neurocognitive disorders: The DSM-5 approach. Nature Reviews Neurology, 10(11), 634-642.
- Scheltens, P., De Strooper, B., Kivipelto, M., Holstege, H., Chételat, G., Teunissen, C. E., Cummings, J., & van der Flier, W. M. (2021). Alzheimer’s disease. The Lancet, 397(10284), 1577-1590.
Dernière révision documentaire : septembre 2026.