Définition

La réorganisation pubertaire de la sexualité

Le stade génital désigne, chez Freud, la période s’ouvrant à la puberté durant laquelle les pulsions partielles héritées des stades antérieurs, orale, anale et phallique, se réorganiseraient autour d’une sexualité génitale devenue mature, désormais orientée vers un partenaire extérieur à la famille plutôt que vers l’enfant lui-même ou ses figures parentales. Ce cinquième et dernier stade clôt la séquence proposée dans les Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905).

Contrairement aux stades précédents, le stade génital n’introduit pas seulement une nouvelle zone corporelle : il est censé intégrer et subordonner les modes de satisfaction antérieurs à une organisation nouvelle, orientée vers la reproduction et la relation à un objet extérieur choisi. Une résolution réussie des stades précédents serait, selon la théorie, la condition d’une sexualité adulte jugée équilibrée par ce cadre.

État des connaissances

Une norme datée plutôt qu’un aboutissement neutre

Une définition de la maturité sexuelle marquée par son époque

La description freudienne du stade génital comme aboutissement normal du développement suppose une orientation vers un partenaire de sexe opposé et une finalité reproductive, ce qui reflète les normes de la société européenne du début du vingtième siècle plutôt qu’une définition neutre et universelle de la maturité sexuelle. Des autrices ultérieures, dont Nancy Chodorow, ont proposé des relectures psychanalytiques de la formation de l’identité de genre qui se dégagent de ce présupposé normatif tout en conservant certains outils conceptuels de la tradition freudienne.

Cette limite historique s’ajoute au problème plus général du modèle des stades : la séquence causale allant d’une résolution réussie des stades antérieurs à une sexualité adulte « équilibrée » n’a pas été confirmée par le développement comparé, et la définition même de ce que serait une sexualité adulte équilibrée reste ici tributaire d’un jugement de valeur daté plutôt que d’un critère clinique neutre.

Prudence

Ce que ce stade ne permet pas de conclure

L’absence d’une trajectoire correspondant point par point à la séquence freudienne, par exemple une orientation affective ou sexuelle qui ne suit pas le schéma hétérosexuel et reproductif présupposé par Freud, ne constitue en rien la preuve d’une fixation antérieure non résolue ou d’un développement incomplet. Ce raisonnement, très présent dans certaines vulgarisations, applique une norme datée comme si elle était un critère clinique neutre.

Références

  1. Chodorow, N. (1978). The Reproduction of Mothering: Psychoanalysis and the Sociology of Gender. University of California Press.
  2. Fisher, S., & Greenberg, R. P. (1996). Freud Scientifically Reappraised: Testing the Theories and Therapy. John Wiley & Sons.
  3. Freud, S. (1905). Trois essais sur la théorie de la sexualité (Standard Edition, Vol. 7). Franz Deuticke.
  4. Luborsky, L., & Barrett, M. S. (2006). The history and empirical status of key psychoanalytic concepts. Annual Review of Clinical Psychology, 2, 1–19. https://doi.org/10.1146/annurev.clinpsy.2.022305.095328

Dernière révision documentaire : septembre 2026.