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Pourquoi deux psychologues peuvent-ils poser un diagnostic différent pour la même personne ?

Deux cliniciens formés dans le même cadre, examinant la même personne, peuvent repartir avec deux diagnostics différents [1][2]. Ce désaccord ne signifie pas nécessairement qu’un des deux se trompe grossièrement. Cette lecture suit trois raisons distinctes à ce désaccord, du statut même de ce qu’un diagnostic essaie de représenter jusqu’au processus qui mène du tableau clinique à une conclusion, un processus structurellement ouvert à l’interprétation.

Références vérifiées le 19 septembre 2026.

Construit psychologique

Un construit psychologique est une notion théorique utilisée pour organiser et expliquer des observations, comme une aptitude, un trait, un symptôme ou une attitude. Le construire exige de le délimiter, de le distinguer de notions voisines et de préciser son domaine. L’opérationnalisation traduit ensuite cette théorie en indicateurs observables ; elle ne rend pas le construit identique à un score ni ne garantit à elle seule que les indicateurs le représentent correctement.

Une échelle censée mesurer l’anxiété qui ne contient que des items sur les palpitations et la transpiration sous-représente le construit.

Un questionnaire d’anxiété dont le score est aussi influencé par la tendance à minimiser ses difficultés mélange le construit et une variance non pertinente.

Fidélité (psychométrie)

En psychométrie, la fidélité désigne le degré auquel un instrument produit des résultats cohérents et reproductibles, que ce soit dans le temps, entre ses items ou entre différents évaluateurs.

Deux évaluateurs formés qui codent des entretiens de façon proche apportent une information sur leur accord, pas sur la validité clinique de leur grille.

Un questionnaire très long peut afficher un alpha élevé tout en répétant presque les mêmes questions.

Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel est le processus par lequel un professionnel examine des troubles, états médicaux, effets de substances ou réactions contextuelles susceptibles de produire des manifestations proches.

Une agitation peut relever d’une anxiété, d’un épisode maniaque, d’un effet de substance ou d’une affection médicale.

Une baisse de concentration peut être comparée entre dépression, TDAH, manque de sommeil et effets médicamenteux.

En conclusion

Le désaccord entre deux cliniciens ne signale donc pas nécessairement une erreur grossière de l’un d’eux [1][2]. Un diagnostic repose sur un construit théorique, pas sur une grandeur physique directement lisible, ce qui laisse nécessairement une marge d’interprétation dans la façon de l’appliquer à un cas précis [3][4]. La fidélité inter-juges mesure explicitement cette marge, et cette fidélité est rarement parfaite : seuls cinq des vingt-trois diagnostics évalués dans les essais de terrain du DSM-5 atteignaient un kappa de 0,60 ou plus [1]. Le diagnostic différentiel ajoute une troisième source de divergence : deux cliniciens raisonnables peuvent pondérer différemment des explications concurrentes plausibles pour un même tableau clinique, surtout lorsque plusieurs causes coexistent réellement [9]. Ces trois raisons ne disqualifient pas le diagnostic comme démarche ; elles indiquent où se situe la marge d’incertitude à ne pas confondre avec une erreur, et pourquoi un second avis reste utile plutôt que redondant [1][2].

Le grand dossier psychologie clinique

Références

Sources

Chaque renvoi numéroté désigne la source de l’énoncé qui le précède.

  1. Regier, D. A., Narrow, W. E., Clarke, D. E., Kraemer, H. C., Kuramoto, S. J., Kuhl, E. A., & Kupfer, D. J. (2013). DSM-5 field trials in the United States and Canada, Part II: Test-retest reliability of selected categorical diagnoses. American Journal of Psychiatry, 170(1), 59-70. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.2012.12070999 Consulter
  2. Chmielewski, M., Clark, L. A., Bagby, R. M., & Watson, D. (2015). Method matters: Understanding diagnostic reliability in DSM-IV and DSM-5. Journal of Abnormal Psychology, 124(3), 764-769. https://doi.org/10.1037/abn0000069 Consulter
  3. Messick, S. (1995). Validity of psychological assessment: Validation of inferences from persons’ responses and performances as scientific inquiry into score meaning. American Psychologist, 50(9), 741–749. Consulter
  4. American Educational Research Association, American Psychological Association, & National Council on Measurement in Education. (2014). Standards for Educational and Psychological Testing. Consulter
  5. Cronbach, L. J. (1951). Coefficient alpha and the internal structure of tests. Psychometrika, 16, 297–334. https://doi.org/10.1007/BF02310555 Consulter
  6. Cicchetti, D. V. (1994). Guidelines, criteria, and rules of thumb for evaluating normed and standardized assessment instruments in psychology. Psychological Assessment, 6(4), 284–290. https://doi.org/10.1037/1040-3590.6.4.284 Consulter
  7. American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed., text rev.). https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425787 Consulter
  8. World Health Organization. (2024). Clinical descriptions and diagnostic requirements for ICD-11 mental, behavioural and neurodevelopmental disorders. https://www.who.int/publications/i/item/9789240077263 Consulter
  9. Kessler, R. C., Chiu, W. T., Demler, O., Merikangas, K. R., & Walters, E. E. (2005). Prevalence, severity, and comorbidity of 12-month DSM-IV disorders in the National Comorbidity Survey Replication. Archives of General Psychiatry, 62(6), 617-627. https://doi.org/10.1001/archpsyc.62.6.617 Consulter