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Comment le stress finit-il par épuiser ?

Le mot « stress » désigne souvent, selon les usages, une pression extérieure, le ressenti qu’elle produit, une réponse physiologique ou encore un problème de santé au travail. Confondre ces sens empêche de comprendre comment on passe de l’un à l’autre : comment une pression vécue au quotidien peut, dans certains contextes, finir par épuiser durablement. Cette lecture sépare ces niveaux, puis les relie : une situation est d’abord évaluée comme débordante ou contrôlable ; certaines organisations du travail rendent cette évaluation plus probable ; l’organisme y répond par des mécanismes utiles à court terme ; leur activation répétée a un coût ; et, dans certains contextes professionnels, cette accumulation peut participer à un épuisement [1]. Il ne s’agit pas d’une chaîne automatique, ni d’un diagnostic à distance, mais d’un cadre pour raisonner sans ramener le burnout à une fragilité individuelle ou à un seul taux de cortisol [2].

Références vérifiées le 19 septembre 2026.

Stress perçu

Le stress perçu désigne l’évaluation subjective globale qu’une personne fait du degré auquel les événements de sa vie récente lui ont semblé imprévisibles, incontrôlables ou dépassant ses ressources, une mesure distincte du nombre d’événements stressants objectivement survenus.

Deux personnes confrontées au même surcroît de travail peuvent rapporter des niveaux de stress perçu très différents selon leurs ressources et leur interprétation de la situation.

Une personne déclare se sentir régulièrement dépassée par des imprévus qu’elle juge incontrôlables, même lorsque ces imprévus restent objectivement mineurs.

Modèle demande-contrôle

Formalisé par Robert Karasek, le modèle demande-contrôle prédit que le risque de stress et de tension psychologique est maximal lorsque les exigences d’un poste sont élevées tout en laissant peu de marge de décision au salarié, une combinaison appelée « job strain », alors qu’un poste exigeant mais autonome est jugé moins délétère.

Un chirurgien exerce un métier très exigeant mais dispose d’une large autonomie dans ses décisions, ce qui le place hors de la zone de tension la plus à risque selon le modèle.

Un employé de centre d’appel doit traiter un flux constant d’appels selon un script imposé, sans marge de décision sur son rythme ni sur ses méthodes, ce qui correspond au profil de tension maximale.

Axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien

L’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, souvent désigné par son acronyme anglais HPA, est le circuit hormonal par lequel l’hypothalamus, en réponse à une menace perçue, stimule l’hypophyse, qui stimule à son tour les glandes surrénales pour qu’elles libèrent du cortisol dans la circulation sanguine ; ce circuit constitue le principal système de réponse hormonale au stress chez l’être humain, avec des boucles de rétrocontrôle qui limitent normalement sa durée d’activation.

Une élévation transitoire du cortisol avant un examen peut relever d’une réponse adaptative, non d’un dérèglement.

Deux personnes exposées durablement à des contraintes comparables peuvent présenter des profils hormonaux différents selon leurs horaires de sommeil et leurs antécédents médicaux.

Charge allostatique

La charge allostatique désigne l’usure physiologique cumulative que produit, avec le temps, une activation répétée ou prolongée de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et des autres systèmes de réponse au stress, conçus à l’origine pour une réponse ponctuelle et transitoire à une menace précise. Formulé par Bruce McEwen et Eliot Stellar en 1993 puis précisé par McEwen en 1998, ce concept désigne le coût physiologique cumulatif associé à une sollicitation chronique de ces systèmes, hypertension, résistance à l’insuline, altération de structures cérébrales sensibles au cortisol comme l’hippocampe, plutôt que le fonctionnement normal de l’axe du stress qu’elle prolonge indûment. La distinction avec l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien lui-même est précise : ce dernier nomme le circuit hormonal de la réponse au stress, la charge allostatique nomme le coût cumulé que ce circuit finit par imposer à l’organisme lorsqu’il reste sollicité trop longtemps.

Deux études peuvent produire des scores de charge allostatique différents parce qu’elles ne sélectionnent pas les mêmes biomarqueurs.

Un ensemble de contraintes durables peut affecter plusieurs systèmes sans qu’un dosage isolé de cortisol établisse à lui seul une charge allostatique.

Épuisement professionnel

L’épuisement professionnel, ou burnout, est reconnu par l’Organisation mondiale de la santé comme un phénomène lié au travail résultant d’un stress chronique mal géré, caractérisé par l’épuisement, le cynisme envers son travail et une efficacité professionnelle diminuée.

Un soignant se sent vidé émotionnellement en fin de semaine et commence à parler de ses patients de façon distante et désabusée.

Un enseignant autrefois investi se sent de plus en plus inefficace malgré des efforts inchangés, et redoute chaque matin de se rendre au travail.

En conclusion

L’épuisement professionnel ne se déduit donc ni d’un poste difficile, ni d’un score de stress, ni d’un marqueur biologique isolé [1][2]. Le modèle demande-contrôle décrit des conditions de risque, le stress perçu mesure une évaluation, l’axe HPA décrit la réponse physiologique qui en découle, et la charge allostatique un coût cumulatif probable [3][4][7][8]. Chacun éclaire une partie du problème et aucun ne remplace les autres. Agir suppose dès lors de regarder aussi les marges de décision, la charge réelle, le soutien collectif, l’organisation du travail et l’accès à des soins lorsque la souffrance s’installe.

Le grand dossier psychologie du travail

Références

Sources

Chaque renvoi numéroté désigne la source de l’énoncé qui le précède.

  1. Aronsson, G., Theorell, T., Grape, T., Hammarström, A., Hogstedt, C., Marteinsdottir, I., Skoog, I., Träskman-Bendz, L., & Hall, C. (2017). A systematic review including meta-analysis of work environment and burnout symptoms. BMC Public Health, 17, Article 264. https://doi.org/10.1186/s12889-017-4153-7 Consulter
  2. Danhof-Pont, M. B., van Veen, T., & Zitman, F. G. (2011). Biomarkers in burnout: A systematic review. Journal of Psychosomatic Research, 70(6), 505–524. https://doi.org/10.1016/j.jpsychores.2010.10.012 Consulter
  3. Cohen, S., Kamarck, T., & Mermelstein, R. (1983). A global measure of perceived stress. Journal of Health and Social Behavior, 24(4), 385–396. https://doi.org/10.2307/2136404 Consulter
  4. Karasek, R. A. (1979). Job demands, job decision latitude, and mental strain: Implications for job redesign. Administrative Science Quarterly, 24(2), 285–308. https://doi.org/10.2307/2392498 Consulter
  5. Häusser, J. A., Mojzisch, A., Niesel, M., & Schulz-Hardt, S. (2010). Ten years on: A review of recent research on the Job Demand–Control (-Support) model and psychological well-being. Work & Stress, 24(1), 1–35. https://doi.org/10.1080/02678371003683747 Consulter
  6. McEwen, B. S. (1998). Stress, adaptation, and disease: Allostasis and allostatic load. Annals of the New York Academy of Sciences, 840(1), 33–44. https://doi.org/10.1111/j.1749-6632.1998.tb09546.x Consulter
  7. Miller, G. E., Chen, E., & Zhou, E. S. (2007). If it goes up, must it come down? Chronic stress and the hypothalamic-pituitary-adrenocortical axis in humans. Psychological Bulletin, 133(1), 25–45. https://doi.org/10.1037/0033-2909.133.1.25 Consulter
  8. Juster, R.-P., McEwen, B. S., & Lupien, S. J. (2010). Allostatic load biomarkers of chronic stress and impact on health and cognition. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 35(1), 2–16. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2009.10.002 Consulter
  9. Maslach, C., & Leiter, M. P. (2016). Understanding the burnout experience: Recent research and its implications for psychiatry. World Psychiatry, 15(2), 103–111. https://doi.org/10.1002/wps.20311 Consulter
  10. World Health Organization. (2019). Burn-out an “occupational phenomenon”: International Classification of Diseases. https://www.who.int/standards/classifications/frequently-asked-questions/burn-out-an-occupational-phenomenon Consulter