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L’inconscient de la psychanalyse et celui des sciences cognitives sont-ils la même chose ?

Freud a rendu le mot « inconscient » familier bien au-delà de la psychologie [1] ; les sciences cognitives contemporaines, elles, parlent couramment de traitement « inconscient » ou « automatique » de l’information, sans référence à Freud ni à ses concepts [2][3]. Le même mot recouvre-t-il la même chose ? Cette lecture suit ce que l’inconscient désignait dans la théorie psychodynamique, pourquoi ce vocabulaire a été largement laissé de côté par la discipline qui a succédé au behaviorisme, et ce que les sciences cognitives appellent aujourd’hui « inconscient » à sa place.

Références vérifiées le 19 septembre 2026.

Inconscient psychodynamique

Dans les théories psychodynamiques, l’inconscient désigne des représentations, affects et conflits qui restent hors de l’expérience consciente tout en pouvant organiser la vie psychique.

Éviter régulièrement un sujet sans identifier immédiatement ce qui le rend difficile peut ouvrir plusieurs hypothèses, dont celle d’un conflit inconscient.

Une information influence une tâche expérimentale sans être rapportée consciemment : cela documente un traitement non conscient, pas nécessairement un inconscient psychodynamique.

Révolution cognitive

La révolution cognitive désigne le récit, largement construit après coup par la discipline elle-même, d’un basculement du behaviorisme, qui refusait la vie mentale intérieure comme objet scientifique, vers un cadre qui étudie mémoire, attention, langage et raisonnement comme des processus internes mesurables, en empruntant à l’informatique naissante et à la théorie de l’information de Shannon un vocabulaire de traitement de l’information. Des historiens de la psychologie comme Jean Mandler ont montré que ce basculement fut plus lent, plus poreux et moins daté avec précision que le récit pédagogique habituel ne le suggère, certains concepts qualifiés aujourd’hui de cognitifs existant bien avant les années 1950.

L’article de Miller de 1956 sur la mémoire immédiate est souvent présenté comme l’un des textes fondateurs symboliques de ce tournant vers l’étude de l’esprit.

Des concepts qualifiés aujourd’hui de cognitifs, comme les cartes cognitives de Tolman chez le rat, existaient déjà dans les années 1930, bien avant la « révolution » attribuée aux années 1950.

Automaticité

L’automaticité décrit le degré auquel une pensée ou un comportement se déclenche rapidement, avec peu d’effort conscient ou de décision explicite.

Lire des mots fréquents mobilise peu d’effort après des années de pratique, sans que la personne cesse pour autant de poursuivre un but de lecture.

Prendre automatiquement le même trajet peut être corrigé lorsqu’un panneau ou une intention nouvelle attire l’attention.

En conclusion

Le mot est donc resté, mais son objet a changé de nature. L’inconscient psychodynamique désigne des représentations, des affects et des conflits dotés d’un contenu et d’une dynamique, potentiellement chargés de sens à interpréter [2][4]. L’automaticité, forme principale du traitement non conscient étudié par les sciences cognitives contemporaines, désigne un degré mesurable expérimentalement : le degré auquel un traitement se déclenche rapidement et sans effort conscient. Elle n’engage pour autant ni un contenu refoulé ni une dynamique de conflit [9]. Ce sont deux objets distincts que la révolution cognitive a contribué à séparer, en changeant le vocabulaire et les méthodes, et les résultats sur les traitements non conscients ne suffisent pas à valider pour autant la théorie psychodynamique [2][6]. Employer le mot « inconscient » sans préciser lequel des deux on vise revient donc à mélanger deux disciplines qui, sur ce point précis, ne parlent plus de la même chose.

Le grand dossier psychologie cognitive

Références

Sources

Chaque renvoi numéroté désigne la source de l’énoncé qui le précède.

  1. Luborsky, L., & Barrett, M. S. (2006). The history and empirical status of key psychoanalytic concepts. Annual Review of Clinical Psychology, 2, 1-19. https://doi.org/10.1146/annurev.clinpsy.2.022305.095328 Consulter
  2. Kihlstrom, J. F. (2015). Dynamic versus cognitive unconscious. In The encyclopedia of clinical psychology (pp. 1-8). Wiley. https://doi.org/10.1002/9781118625392.wbecp275 Consulter
  3. Bargh, J. A., & Chartrand, T. L. (1999). The unbearable automaticity of being. American Psychologist, 54(7), 462–479. Consulter
  4. Laplanche, J., & Pontalis, J.-B. (1967). Vocabulaire de la psychanalyse. Presses Universitaires de France. Consulter
  5. Kihlstrom, J. F. (1987). The cognitive unconscious. Science, 237(4821), 1445-1452. https://doi.org/10.1126/science.3629249 Consulter
  6. Miller, G. A. (2003). The cognitive revolution: A historical perspective. Trends in Cognitive Sciences, 7(3), 141–144. Consulter
  7. American Psychological Association. (n.d.). Automaticity. In APA dictionary of psychology. Retrieved August 30, 2026, from https://dictionary.apa.org/automaticity Consulter
  8. Shiffrin, R. M., & Schneider, W. (1977). Controlled and automatic human information processing: II. Perceptual learning, automatic attending, and a general theory. Psychological Review, 84(2), 127–190. Consulter
  9. Moors, A., & De Houwer, J. (2006). Automaticity: A theoretical and conceptual analysis. Psychological Bulletin, 132(2), 297-326. https://doi.org/10.1037/0033-2909.132.2.297 Consulter