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L’hypnose permet-elle vraiment de retrouver des souvenirs oubliés ?

Lorsqu’un souvenir semble inaccessible, l’hypnose peut paraître offrir un accès direct à une scène restée intacte quelque part dans la mémoire. Le récit qui revient peut être détaillé, chargé d’émotion et porté par une forte conviction. Cette lecture distingue pourtant trois opérations que cette impression confond facilement : faciliter l’évocation, construire un souvenir et vérifier qu’il correspond à un événement vécu.

Références vérifiées le 19 septembre 2026.

Hypnose

L’hypnose désigne une procédure d’induction et de suggestions visant un état ou une attitude d’attention focalisée, d’absorption et d’acceptation modulée des expériences. La suggestibilité varie entre personnes et situations ; l’hypnose ne signifie ni perte automatique de contrôle, ni accès privilégié à des souvenirs exacts, ni efficacité indépendante pour toute indication.

Une suggestion de changement de sensation peut aider une personne à déplacer son attention pendant un acte médical, sans supprimer toute sensation ni garantir une analgésie.

Une séance qui fait émerger un souvenir inattendu ne permet pas de le considérer comme un enregistrement fiable du passé.

Suggestibilité interrogative

La suggestibilité interrogative désigne la mesure dans laquelle une personne interrogée en vient à accepter une information suggérée par la formulation des questions ou par la pression sociale de l’entretien, au point parfois de modifier son propre récit. Stephen Ceci et Maggie Bruck synthétisent en 1993 une large littérature montrant que de jeunes enfants sont particulièrement sensibles à des questions fermées, suggestives et répétées, au point de pouvoir en venir à rapporter comme des souvenirs des événements qui ne se sont jamais produits, un mécanisme reconstitué expérimentalement par Sena Garven et ses collègues en 1998 à partir des techniques employées dans l’affaire de l’école maternelle McMartin.

Un enfant interrogé avec des questions fermées répétées en vient à décrire un événement qui ne s’est jamais produit, en laboratoire comme dans des affaires judiciaires reconstituées.

Le même enfant, interrogé avec des invitations ouvertes non suggestives, rapporte un souvenir réel avec une précision nettement supérieure.

Mémoire reconstructive et effet de désinformation

La mémoire reconstructive désigne le fait qu’un rappel n’est pas la lecture d’un enregistrement intact : il reconstruit un événement à partir de traces, de connaissances et du contexte de récupération. L’effet de désinformation est un phénomène particulier : une information postérieure, fausse ou trompeuse, peut modifier le souvenir rapporté. Il ne constitue donc pas l’unique raison pour laquelle la mémoire est reconstructive, et ne permet pas de conclure qu’un témoignage serait par principe faux.

Après avoir entendu qu’un véhicule était « très rapide », un témoin peut surestimer sa vitesse au rappel.

Demander à une personne si elle se souvient d’un détail absent peut la conduire à l’imaginer sans que cela démontre une intention de mentir.

Monitoring de source

Le monitoring de source désigne les processus par lesquels une personne attribue un souvenir à son origine : une expérience vécue, une information lue, entendue, imaginée ou déduite. Ce jugement n’est pas donné automatiquement avec le souvenir lui-même : il est reconstruit à partir de caractéristiques qualitatives de la trace mémorielle (détails perceptifs, contexte, effort cognitif associé), ce qui le rend faillible. Le contenu d’une information tend à rester accessible plus longtemps et plus fidèlement que le souvenir précis de sa source, ce qui peut conduire à juger une information comme fiable sans pouvoir ni chercher à retracer d’où elle vient.

Se souvenir d’un fait sans pouvoir dire s’il vient d’un article sérieux, d’une conversation ou d’une rumeur illustre une défaillance banale du monitoring de source.

Une personne âgée avertie qu’une allégation publicitaire est fausse peut, plusieurs jours plus tard, la juger plus crédible qu’avant l’avertissement, parce qu’elle se souvient du contenu sans se souvenir qu’il avait été signalé comme faux.

Faux souvenirs

Un faux souvenir est un souvenir subjectivement vécu comme authentique, parfois rapporté avec confiance et détail, alors que l’événement qu’il décrit ne s’est jamais produit ou diffère substantiellement des faits établis. Il ne s’agit pas d’un mensonge : la personne ne cherche pas à tromper, elle croit sincèrement à ce qu’elle rapporte. Les faux souvenirs peuvent porter sur un détail isolé au sein d’un événement réel, ou, dans certaines conditions expérimentales et cliniques, sur un événement entier qui n’a jamais eu lieu.

Des participants exposés à une liste de mots évoquant le sommeil (lit, rêve, oreiller) rapportent souvent, à tort, avoir entendu le mot « sommeil » lui-même, avec une grande confiance.

Une personne peut développer un souvenir détaillé et chargé en émotion d’un épisode d’enfance qui lui a été suggéré comme réel par un proche, sans qu’il ait jamais eu lieu.

En conclusion

L’hypnose ne donne donc pas accès à un enregistrement intact du passé [2][7]. Elle peut modifier l’attention, l’imagerie mentale ou la manière de rapporter une expérience, mais elle ne fournit pas à elle seule un critère d’exactitude [1][2][3]. Un souvenir qui revient sous hypnose peut correspondre à un événement réel, à une reconstruction partielle ou à une erreur, et son intensité ne permet pas de trancher [4][12]. La question utile n’est pas de savoir si la personne « invente » ou non, mais de distinguer la sincérité de son vécu de la preuve indépendante qu’exigerait une affirmation factuelle précise [12].

Le grand dossier psychologie clinique

Références

Sources

Chaque renvoi numéroté désigne la source de l’énoncé qui le précède.

  1. Elkins, G. R., Barabasz, A. F., Council, J. R., & Spiegel, D. (2015). Advancing research and practice: The revised APA Division 30 definition of hypnosis. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 63(1), 1–9. https://doi.org/10.1080/00207144.2014.961870 Consulter
  2. Council on Scientific Affairs. (1985). Scientific status of refreshing recollection by the use of hypnosis. JAMA, 253(13), 1918–1923. https://doi.org/10.1001/jama.1985.03350370114035 Consulter
  3. Steblay, N. M., & Bothwell, R. K. (1994). Evidence for hypnotically refreshed testimony: The view from the laboratory. Law and Human Behavior, 18(6), 635–651. https://doi.org/10.1007/BF01499329 Consulter
  4. Dywan, J., & Bowers, K. (1983). The use of hypnosis to enhance recall. Science, 222(4620), 184–185. https://doi.org/10.1126/science.6623071 Consulter
  5. Scoboria, A., Mazzoni, G., Kirsch, I., & Milling, L. S. (2002). Immediate and persisting effects of misleading questions and hypnosis on memory reports. Journal of Experimental Psychology: Applied, 8(1), 26–32. https://doi.org/10.1037/1076-898X.8.1.26 Consulter
  6. Ceci, S. J., & Bruck, M. (1993). Suggestibility of the child witness: A historical review and synthesis. Psychological Bulletin, 113(3), 403-439. https://doi.org/10.1037/0033-2909.113.3.403 Consulter
  7. Loftus, E. F. (2005). Planting misinformation in the human mind: A 30-year investigation. Learning & Memory, 12(4), 361–366. Consulter
  8. Johnson, M. K., Hashtroudi, S., & Lindsay, D. S. (1993). Source monitoring. Psychological Bulletin, 114(1), 3–28. https://doi.org/10.1037/0033-2909.114.1.3 Consulter
  9. Talarico, J. M., & Rubin, D. C. (2003). Confidence, not consistency, characterizes flashbulb memories. Psychological Science, 14(5), 455–461. https://doi.org/10.1111/1467-9280.02453 Consulter
  10. Roediger, H. L., & McDermott, K. B. (1995). Creating false memories: Remembering words not presented in lists. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 21(4), 803–814. https://doi.org/10.1037/0278-7393.21.4.803 Consulter
  11. Loftus, E. F., & Pickrell, J. E. (1995). The formation of false memories. Psychiatric Annals, 25(12), 720–725. https://doi.org/10.3928/0048-5713-19951201-07 Consulter
  12. American Psychological Association Working Group on Investigation of Memories of Childhood Abuse. (1998). Final conclusions of the American Psychological Association Working Group on Investigation of Memories of Childhood Abuse. Psychology, Public Policy, and Law, 4(4), 933–940. https://doi.org/10.1037/1076-8971.4.4.933 Consulter