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Pourquoi le sentiment de contrôle compte-t-il autant ?

Le contrôle qu’une personne pense exercer sur sa vie et les événements qui la traversent occupe une place centrale dans son bien-être [1], alors que le contrôle perçu ne coïncide pas toujours avec le contrôle objectif [2]. Cette lecture suit pourquoi ce sentiment pèse autant, ce qui se passe lorsqu’il s’égare dans un sens comme dans l’autre, en surestimant une influence qu’on n’a pas ou en renonçant à une influence qu’on a encore, et pourquoi sa seule présence peut changer un vécu de stress sans changer les circonstances elles-mêmes [3].

Références vérifiées le 19 septembre 2026.

Contrôle

Le contrôle peut soutenir l’action ou devenir une réponse automatique à l’incertitude et à la vulnérabilité.

Préparer un entretien peut soutenir l’action ; répéter chaque phrase jusqu’à l’épuisement cherche plutôt à supprimer toute incertitude.

Multiplier les vérifications d’un trajet déjà confirmé pour éviter la possibilité d’un imprévu.

Locus de contrôle

Le locus de contrôle, concept développé par Julian Rotter, désigne la tendance générale d’une personne à attribuer les événements de sa vie à des causes internes (ses propres actions) ou externes (le hasard, autrui, le destin).

Attribuer la réussite d’un examen principalement à ses heures de révision reflète un locus de contrôle plutôt interne.

Expliquer systématiquement ses échecs professionnels par la malchance ou l’injustice des évaluateurs reflète un locus de contrôle plutôt externe.

Illusion de contrôle

L’illusion de contrôle désigne la tendance à surestimer son influence personnelle sur un résultat déterminé en réalité par le hasard ou par des facteurs échappant à son contrôle. Elle est favorisée par des éléments qui, dans les situations de compétence réelle, sont effectivement associés à un meilleur contrôle : pouvoir choisir, s’impliquer activement, répéter l’action ou être familier avec la situation. Ces mêmes éléments peuvent cependant produire un sentiment de maîtrise même lorsque, objectivement, le résultat ne dépend en rien de l’implication de la personne.

Un joueur qui lance lui-même les dés se sent souvent plus en contrôle du résultat que s’il regardait quelqu’un d’autre les lancer pour lui, bien que les probabilités restent identiques.

Appuyer plusieurs fois sur le bouton d’appel d’un ascenseur déjà activé ne change rien au délai d’arrivée, mais peut donner le sentiment d’avoir accéléré le processus.

Impuissance apprise

Décrite par Martin Seligman et Steven Maier en 1967 chez l’animal, l’impuissance apprise désigne une passivité qui persiste même lorsqu’une réponse efficace redevient possible, après une exposition antérieure à des événements incontrôlables. Chez l’humain, Lyn Abramson, Seligman et John Teasdale en proposent une reformulation cognitive en 1978 : le style attributionnel de la personne, plutôt que l’incontrôlabilité objective, déterminerait la généralisation de la passivité, ce qui en a fait l’un des modèles fondateurs de la psychologie de la dépression.

Après des tentatives répétées sans effet dans un système opaque, une personne cesse de proposer des solutions même lorsque des voies de recours deviennent disponibles.

Une fatigue, une précarité ou une discrimination peuvent limiter réellement les possibilités d’action : la passivité apparente ne prouve pas une croyance erronée.

Stress perçu

Le stress perçu désigne l’évaluation subjective globale qu’une personne fait du degré auquel les événements de sa vie récente lui ont semblé imprévisibles, incontrôlables ou dépassant ses ressources, une mesure distincte du nombre d’événements stressants objectivement survenus.

Deux personnes confrontées au même surcroît de travail peuvent rapporter des niveaux de stress perçu très différents selon leurs ressources et leur interprétation de la situation.

Une personne déclare se sentir régulièrement dépassée par des imprévus qu’elle juge incontrôlables, même lorsque ces imprévus restent objectivement mineurs.

En conclusion

Le sentiment de contrôle compte donc autant parce qu’il ne se contente pas de refléter une réalité extérieure : il oriente la manière d’évaluer une situation et les actions que l’on y engage [1][2]. Réduire l’incertitude est un effort permanent [1], et la façon dont une personne attribue à des causes internes ou externes ce qui lui arrive est associée à la façon dont elle réagit aux difficultés [4][5]. Ce sentiment peut s’égarer par excès, dans l’illusion de contrôle sur ce qui relève du hasard [6], ou par défaut, dans la passivité décrite sous le nom d’impuissance apprise, dont l’interprétation a été révisée [9][10]. Dans les deux cas, les conséquences sont mesurables : le stress perçu, associé à certains symptômes et à l’usage de soins, se rattache au sentiment de contrôle, y compris lorsque la situation elle-même n’a pas changé [3][11][12].

Le grand dossier psychologie clinique

Références

Sources

Chaque renvoi numéroté désigne la source de l’énoncé qui le précède.

  1. Leotti, L. A., Iyengar, S. S., & Ochsner, K. N. (2010). Born to choose: The origins and value of the need for control. Trends in Cognitive Sciences, 14(10), 457–463. https://doi.org/10.1016/j.tics.2010.08.001 Consulter
  2. Skinner, E. A. (1996). A guide to constructs of control. Journal of Personality and Social Psychology, 71(3), 549–570. https://doi.org/10.1037/0022-3514.71.3.549 Consulter
  3. Thompson, S. C. (1981). Will it hurt less if I can control it? A complex answer to a simple question. Psychological Bulletin, 90(1), 89–101. https://doi.org/10.1037/0033-2909.90.1.89 Consulter
  4. Rotter, J. B. (1966). Generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement. Psychological Monographs, 80(1), 1–28. https://doi.org/10.1037/h0092976 Consulter
  5. Ng, T. W. H., Sorensen, K. L., & Eby, L. T. (2006). Locus of control at work: A meta-analysis. Journal of Organizational Behavior, 27(8), 1057–1087. https://doi.org/10.1002/job.416 Consulter
  6. Langer, E. J. (1975). The illusion of control. Journal of Personality and Social Psychology, 32(2), 311–328. https://doi.org/10.1037/0022-3514.32.2.311 Consulter
  7. Taylor, S. E., & Brown, J. D. (1988). Illusion and well-being: A social psychological perspective on mental health. Psychological Bulletin, 103(2), 193–210. https://doi.org/10.1037/0033-2909.103.2.193 Consulter
  8. Colvin, C. R., & Block, J. (1994). Do positive illusions foster mental health? An examination of the Taylor and Brown formulation. Psychological Bulletin, 116(1), 3–20. https://doi.org/10.1037/0033-2909.116.1.3 Consulter
  9. Seligman, M. E. P., & Maier, S. F. (1967). Failure to escape traumatic shock. Journal of Experimental Psychology, 74(1), 1–9. Consulter
  10. Maier, S. F., & Seligman, M. E. P. (2016). Learned helplessness at fifty: Insights from neuroscience. Psychological Review, 123(4), 349–367. Consulter
  11. Cohen, S., Kamarck, T., & Mermelstein, R. (1983). A global measure of perceived stress. Journal of Health and Social Behavior, 24(4), 385–396. https://doi.org/10.2307/2136404 Consulter
  12. Langer, E. J., & Rodin, J. (1976). The effects of choice and enhanced personal responsibility for the aged: A field experiment in an institutional setting. Journal of Personality and Social Psychology, 34(2), 191–198. https://doi.org/10.1037/0022-3514.34.2.191 Consulter