Pourquoi le sentiment de contrôle compte-t-il autant ?
Le contrôle qu’une personne pense exercer sur sa vie et les événements qui la traversent occupe une place centrale dans son bien-être [1], alors que le contrôle perçu ne coïncide pas toujours avec le contrôle objectif [2]. Cette lecture suit pourquoi ce sentiment pèse autant, ce qui se passe lorsqu’il s’égare dans un sens comme dans l’autre, en surestimant une influence qu’on n’a pas ou en renonçant à une influence qu’on a encore, et pourquoi sa seule présence peut changer un vécu de stress sans changer les circonstances elles-mêmes [3].
Références vérifiées le 19 septembre 2026.
Chercher à contrôler une situation peut soutenir l’action, en organisant ce qui peut effectivement l’être : la croyance en sa capacité d’agir sur son environnement est décrite comme un besoin psychologique, probablement d’origine biologique [1]. Comme le contrôle perçu se distingue du contrôle objectif [2], cette recherche peut aussi porter sur des éléments qui échappent largement à la personne. Elle n’est donc pas réservée aux situations où elle est utile, ce qui pose la question de savoir à qui, précisément, une personne attribue la capacité d’influencer ce qui lui arrive.
Contrôle
Le contrôle peut soutenir l’action ou devenir une réponse automatique à l’incertitude et à la vulnérabilité.
Préparer un entretien peut soutenir l’action ; répéter chaque phrase jusqu’à l’épuisement cherche plutôt à supprimer toute incertitude.
Multiplier les vérifications d’un trajet déjà confirmé pour éviter la possibilité d’un imprévu.
Le locus de contrôle désigne la tendance générale d’une personne à attribuer les événements de sa vie à des causes internes, ses propres actions, ou à des causes externes, le hasard, autrui, les circonstances [4]. Dans les études sur le travail, un locus de contrôle interne est associé en moyenne à des issues plus favorables et à une motivation plus élevée [5], sans que ces corrélations établissent à elles seules le sens de la causalité. Cette même croyance, cependant, peut s’écarter de ce que la situation permet réellement d’influencer, puisque le contrôle perçu se distingue du contrôle objectif [2].
Locus de contrôle
Le locus de contrôle, concept développé par Julian Rotter, désigne la tendance générale d’une personne à attribuer les événements de sa vie à des causes internes (ses propres actions) ou externes (le hasard, autrui, le destin).
Attribuer la réussite d’un examen principalement à ses heures de révision reflète un locus de contrôle plutôt interne.
Expliquer systématiquement ses échecs professionnels par la malchance ou l’injustice des évaluateurs reflète un locus de contrôle plutôt externe.
Dans un sens, cet écart prend la forme d’une illusion de contrôle : la tendance à surestimer son influence personnelle sur un résultat déterminé en réalité par le hasard [6]. Dans les expériences de Langer, choisir soi-même son billet de loterie, avoir affaire à une situation familière, s’entraîner ou s’impliquer dans un jeu de hasard suffisaient à accroître la confiance de réussite au-delà de ce que justifiaient les probabilités [6]. Cette illusion a aussi été présentée comme favorable au bien-être et à la capacité de mener un travail productif [7], une thèse contestée, qui n’a pas été jugée démontrée par une évaluation critique ultérieure [8].
Illusion de contrôle
L’illusion de contrôle désigne la tendance à surestimer son influence personnelle sur un résultat déterminé en réalité par le hasard ou par des facteurs échappant à son contrôle. Elle est favorisée par des éléments qui, dans les situations de compétence réelle, sont effectivement associés à un meilleur contrôle : pouvoir choisir, s’impliquer activement, répéter l’action ou être familier avec la situation. Ces mêmes éléments peuvent cependant produire un sentiment de maîtrise même lorsque, objectivement, le résultat ne dépend en rien de l’implication de la personne.
Un joueur qui lance lui-même les dés se sent souvent plus en contrôle du résultat que s’il regardait quelqu’un d’autre les lancer pour lui, bien que les probabilités restent identiques.
Appuyer plusieurs fois sur le bouton d’appel d’un ascenseur déjà activé ne change rien au délai d’arrivée, mais peut donner le sentiment d’avoir accéléré le processus.
Dans l’autre sens, l’écart prend la forme inverse : l’impuissance apprise désigne la passivité observée chez des chiens exposés à des chocs inéluctables, qui échouent ensuite à s’échapper alors que l’évasion est devenue possible [9]. L’interprétation initiale, selon laquelle l’animal apprend que ses actions n’ont aucun effet, a été révisée : la passivité serait la réponse par défaut à une adversité prolongée, et ce qui s’apprend serait le contrôle [10]. Ces travaux portent sur l’animal ; l’idée qu’un sentiment de contrôle affaibli peut avoir un coût chez l’humain, notamment dans la dépression, reste une hypothèse [10].
Impuissance apprise
Décrite par Martin Seligman et Steven Maier en 1967 chez l’animal, l’impuissance apprise désigne une passivité qui persiste même lorsqu’une réponse efficace redevient possible, après une exposition antérieure à des événements incontrôlables. Chez l’humain, Lyn Abramson, Seligman et John Teasdale en proposent une reformulation cognitive en 1978 : le style attributionnel de la personne, plutôt que l’incontrôlabilité objective, déterminerait la généralisation de la passivité, ce qui en a fait l’un des modèles fondateurs de la psychologie de la dépression.
Après des tentatives répétées sans effet dans un système opaque, une personne cesse de proposer des solutions même lorsque des voies de recours deviennent disponibles.
Une fatigue, une précarité ou une discrimination peuvent limiter réellement les possibilités d’action : la passivité apparente ne prouve pas une croyance erronée.
Ces deux écarts convergent vers une même conséquence mesurable : le stress perçu, le degré auquel les situations de sa vie sont évaluées comme stressantes. La Perceived Stress Scale en offre une mesure, qui prédit des symptômes et l’usage de soins mieux que le seul décompte d’événements de vie [11]. Cette évaluation subjective se distingue des contraintes objectives d’une situation, et les revues sur le contrôle perçu la relient à la possibilité, réelle ou crue, d’influencer ce qui arrive, avec des effets qui varient selon le type de contrôle [3]. Dans une étude de terrain en maison de retraite, des résidents à qui l’on donnait des choix et la responsabilité d’aspects secondaires de leur quotidien, comme entretenir une plante, se montraient plus alertes et déclaraient un meilleur bien-être que ceux du groupe comparaison [12]. Restaurer un sentiment de contrôle, même partiel, peut donc améliorer le vécu d’une situation que rien d’autre n’a changé, sous réserve de la portée limitée d’une étude unique [12].
Stress perçu
Le stress perçu désigne l’évaluation subjective globale qu’une personne fait du degré auquel les événements de sa vie récente lui ont semblé imprévisibles, incontrôlables ou dépassant ses ressources, une mesure distincte du nombre d’événements stressants objectivement survenus.
Deux personnes confrontées au même surcroît de travail peuvent rapporter des niveaux de stress perçu très différents selon leurs ressources et leur interprétation de la situation.
Une personne déclare se sentir régulièrement dépassée par des imprévus qu’elle juge incontrôlables, même lorsque ces imprévus restent objectivement mineurs.
En conclusion
Le sentiment de contrôle compte donc autant parce qu’il ne se contente pas de refléter une réalité extérieure : il oriente la manière d’évaluer une situation et les actions que l’on y engage [1][2]. Réduire l’incertitude est un effort permanent [1], et la façon dont une personne attribue à des causes internes ou externes ce qui lui arrive est associée à la façon dont elle réagit aux difficultés [4][5]. Ce sentiment peut s’égarer par excès, dans l’illusion de contrôle sur ce qui relève du hasard [6], ou par défaut, dans la passivité décrite sous le nom d’impuissance apprise, dont l’interprétation a été révisée [9][10]. Dans les deux cas, les conséquences sont mesurables : le stress perçu, associé à certains symptômes et à l’usage de soins, se rattache au sentiment de contrôle, y compris lorsque la situation elle-même n’a pas changé [3][11][12].
Le grand dossier psychologie cliniqueRéférences
Sources
Chaque renvoi numéroté désigne la source de l’énoncé qui le précède.
- Leotti, L. A., Iyengar, S. S., & Ochsner, K. N. (2010). Born to choose: The origins and value of the need for control. Trends in Cognitive Sciences, 14(10), 457–463. https://doi.org/10.1016/j.tics.2010.08.001 Consulter
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- Thompson, S. C. (1981). Will it hurt less if I can control it? A complex answer to a simple question. Psychological Bulletin, 90(1), 89–101. https://doi.org/10.1037/0033-2909.90.1.89 Consulter
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