L’application PsychothecaGratuite sur iPhone et iPad

TéléchargerObtenir

Statistiques : ce qu’un résultat montre vraiment.

Les statistiques permettent de décrire des données, estimer une incertitude, comparer, modéliser et cumuler des preuves. Elles ne remplacent ni une question bien posée ni un plan d’étude capable de soutenir l’inférence recherchée. Ce dossier relie ces fondamentaux aux pièges de la p-value, de la flexibilité analytique et de la réplication. Un même jeu de données peut produire un résultat significatif ou non selon des choix d’analyse pris en apparence sans conséquence, ce qui explique pourquoi la manière de décider ces choix avant de regarder les résultats compte presque autant que le test statistique lui-même.

Position éditoriale

Lire une analyse statistique à partir de ses données, de son estimation, de ses hypothèses et de son incertitude, plutôt que d’un seul seuil de significativité.

Sommaire du dossier

Définir le rôle

À quoi servent les statistiques ?

Les statistiques servent à décrire des données, estimer une quantité incertaine, comparer des groupes, étudier des associations et modéliser des variations. Elles n’ajoutent pas à elles seules une interprétation causale ou psychologique aux nombres.

Des données à une inférence prudente Point de départ

Une étude observe un échantillon, non une population entière. Les statistiques permettent de résumer ce qui a été observé et d’évaluer ce que cet échantillon autorise à estimer au-delà de lui. Elles ne corrigent ni une mesure mal définie, ni un échantillon biaisé, ni une question théorique confuse.

Décrire, estimer, tester et prédire répondent à des questions différentes. Les confondre produit des résultats techniquement calculés mais mal interprétés.

Avant toute inférence

Décrire les données avant de les tester

Une moyenne n’est qu’un résumé. Forme de la distribution, dispersion, asymétrie, valeurs atypiques, données manquantes et visualisation déterminent souvent ce qu’un chiffre central permet réellement de dire.

Centre, dispersion et forme Fondamentaux

Moyenne et médiane décrivent deux façons de situer le centre ; variance, écart-type et quantiles décrivent l’étalement. Lorsque la distribution est très asymétrique ou comporte des valeurs extrêmes, la moyenne seule peut donner une image trompeuse.

Données fictives · décrire avant de tester

Même centre, histoires différentes

Distribution A

Distribution concentréeDix scores fictifs de sommeil, proches de leur moyenne de 7 heures.56789moyenne = médiane = 7

Les valeurs sont concentrées autour du centre.

Distribution B

Distribution bimodaleDix scores fictifs de sommeil avec la même moyenne de 7 heures mais deux regroupements distincts.56789moyenne = médiane = 7

Le même centre masque ici deux groupes de valeurs.

x̄ = (1/n) ΣxᵢLa moyenne résume le centre ; elle ne décrit ni l’étalement ni la forme.
Deux distributions construites avec le même centre, sans données réelles. Avant une comparaison ou un modèle, visualiser la forme aide à voir asymétrie, sous-groupes, valeurs atypiques et erreurs de codage que la moyenne seule masque. Repères : Tukey, 1977.

Visualiser les données ne sert pas à décorer un résultat. Histogrammes, nuages de points et graphiques par groupe aident à vérifier la forme des données, les erreurs de codage, les sous-groupes et les observations influentes avant qu’un modèle ne les masque.

Population et échantillon

Échantillonnage et incertitude : ce que l’étude ne voit qu’imparfaitement

Deux échantillons tirés de la même population ne produisent pas exactement la même estimation. Cette variabilité d’échantillonnage fonde l’erreur standard, les intervalles et une partie de l’inférence.

Cinq échantillons, une seule population Voir la variabilité

Une population a une moyenne réelle. Un échantillon tiré au hasard de cette population produit une estimation de cette moyenne, presque jamais exactement égale à elle ; un autre échantillon, tiré dans les mêmes conditions, produit une estimation légèrement différente.

Cinq tirages, cinq estimations

Changer d’échantillon change l’estimation, sans erreur de méthode

Cinq échantillons, cinq estimations différentesUne population avec une moyenne réelle μ ; cinq échantillons aléatoires tirés de cette population, chacun avec sa propre moyenne légèrement différente ; ces cinq moyennes, reportées sur un même axe, se regroupent autour de μ sans le reproduire exactement.Populationμ (population)Cinq échantillons aléatoiresLes cinq moyennes, sur un même axeμ
Aucun de ces échantillons ne reproduit exactement μ. Leur dispersion, pas une erreur de procédure, illustre ce que mesure l’erreur standard.
Population et échantillons fictifs. Les cinq tirages proviennent de la même population par hypothèse ; seule la composition de chaque échantillon varie. Repères : Gelman, Hill et Vehtari, 2020.

Précision n’est pas absence de biais Distinction essentielle

L’erreur standard décrit la variabilité attendue d’un estimateur entre échantillons sous un modèle donné. Elle diminue généralement quand l’information augmente, mais une estimation très précise peut rester systématiquement biaisée si la population recrutée, la mesure ou les données observées sont inadéquates.

L’échantillonnage aléatoire vise la généralisation vers une population parce qu’il donne à ses unités une probabilité connue de sélection. L’assignation aléatoire répartit, elle, les participants déjà recrutés entre conditions afin d’améliorer leur comparabilité et soutenir une inférence causale. Ni l’un ni l’autre ne dispense d’examiner recrutement, exclusions, abandons et contexte.

Estimer plutôt que classer

Estimer un effet : ampleur, précision et importance pratique

Une estimation situe une différence, une association ou une probabilité sur une échelle. Sa pertinence dépend de son ampleur, de sa précision, du contexte et des conséquences d’une décision, pas d’un seuil unique.

Tailles d’effet et intervalles de confiance Bonne pratique

Le d de Cohen, le coefficient de corrélation, la différence de risque ou l’odds ratio répondent à des questions différentes. Ils ne deviennent pas importants parce qu’ils franchissent une convention ; l’importance pratique dépend du domaine, de la mesure, des coûts et des bénéfices.

Un intervalle de confiance représente une plage d’estimations compatibles avec les données et le modèle selon une procédure choisie. Le fait qu’il inclue ou non zéro peut correspondre à un test bilatéral courant, mais ne doit pas devenir un nouveau bouton rouge ou vert : largeur, valeurs plausibles et pertinence comptent tout autant.

Comparer et associer

Comparer des groupes et étudier des associations

Le t-test, l’ANOVA et la corrélation sont des cas introductifs utiles. Ils aident à comparer des moyennes ou à résumer une covariation, sans imposer à eux seuls une explication du phénomène.

Des outils simples, des questions distinctes Repère technique

Un t-test compare une différence de moyennes dans un modèle simple ; une ANOVA généralise cette logique à plusieurs groupes ; une corrélation résume la direction et l’intensité d’une association linéaire. Les deux premiers peuvent se formuler comme des modèles où l’appartenance à un groupe est un prédicteur catégoriel ; ils ne répondent donc pas à la même question qu’une association entre deux variables continues. Le choix dépend de la variable, du plan, de la question et des hypothèses du modèle, non d’une recette attachée au nombre de groupes.

Exemple construit · même jeu de données

Covariance : les écarts vont-ils ensemble ?

Nuage de points stress et sommeilHuit personnes fictives. Quand le stress dépasse sa moyenne, le sommeil est le plus souvent sous sa moyenne ; les produits des écarts sont donc majoritairement négatifs.Sommeil (heures fictives)Stress (score fictif)
Cov(X,Y) = [Σ(xᵢ − x̄)(yᵢ − ȳ)] / (n − 1)Au-dessus de leurs moyennes ensemble : contribution positive ; dans des sens opposés : contribution négative.
r = Cov(X,Y) / (sₓsᵧ)La covariance garde les unités ; la corrélation la standardise entre −1 et +1.
Nuage de points fictif : il illustre une association négative, non un effet du stress sur le sommeil. Les lignes pointillées sont les moyennes de cet exemple. Changer d’unité modifie la covariance, mais non la corrélation. Repères : Gelman, Hill et Vehtari, 2020.

Une corrélation forte ne prouve ni le sens de la relation ni l’absence de facteur commun. Elle peut néanmoins être très informative pour décrire, prédire ou préparer une étude causale plus explicite. Comme toute estimation, elle gagne à être lue avec son incertitude et son importance pratique, plutôt que comme un verdict binaire.

Le langage général

La régression : un cadre général pour comparer, ajuster et interagir

La régression relie une variable résultat à un ou plusieurs prédicteurs. Elle permet de formuler dans un même cadre des comparaisons de groupes, des variables continues, des covariables et des interactions ; avec d’autres liens, elle couvre aussi des résultats non gaussiens.

Lire un modèle plutôt qu’un coefficient isolé À interpréter avec un modèle

Prenons un modèle qui prédit un score de sommeil à partir du niveau de stress. L’intercept est le score de sommeil attendu quand le stress est à sa valeur de référence (souvent zéro) ; le coefficient du stress décrit de combien ce score varie en moyenne pour chaque unité de stress en plus, à valeurs données des autres variables du modèle. Un prédicteur continu comme le stress peut aussi être remplacé par un prédicteur catégoriel, qui compare des groupes à une catégorie de référence. Les valeurs ajustées sont les scores de sommeil que le modèle prédit pour chaque personne ; les résidus sont l’écart entre ces prédictions et les scores réellement observés, ce qui aide à voir ce que le modèle ne capture pas.

Exemple construit · prédiction moyenne

Régression : une droite, puis des écarts à la droite

Droite ajustée et résidusHuit personnes fictives, une droite de prédiction moyenne et trois résidus verticaux. Les résidus sont les écarts entre une valeur observée et la valeur prédite par le modèle.Sommeil (heures fictives)Stress (score fictif)
Ŷ = β₀ + β₁Xβ₀ est la prédiction à la valeur de référence de X ; β₁ est la variation moyenne prédite quand X augmente d’une unité.
β₁ = Cov(X,Y) / Var(X)Dans la régression linéaire simple, la pente prolonge directement l’idée de covariance.
Exemple fictif : la droite résume une prédiction moyenne, pas le parcours de chaque personne. Un résidu est l’écart observé entre une valeur et la prédiction du modèle ; ce n’est ni une faute ni, à lui seul, une « part causalement inexpliquée ». Repères : Gelman, Hill et Vehtari, 2020 · Harrell, 2015.

Ainsi, dans une étude sur le stress et le sommeil, le coefficient du stress décrit une association conditionnelle au modèle, par exemple à niveau de soutien social donné ; il ne devient pas un effet causal parce qu’une autre variable a été « contrôlée ». La forme du modèle compte aussi : une ligne droite suppose une relation linéaire sur l’échelle retenue. Des transformations, des termes non linéaires ou un autre modèle peuvent être nécessaires quand cette hypothèse ne décrit pas les données. Prédire correctement un score futur et expliquer pourquoi il change sont enfin deux objectifs distincts.

Interactions et médiation : deux questions différentes Effets conditionnels, pas mécanismes prouvés

Une interaction demande si l’association entre X et Y varie selon une autre variable. Par exemple, le lien observé entre charge de travail et fatigue peut différer selon l’autonomie rapportée ; cette variation ne démontre pas que l’autonomie cause une modération. L’interaction est une propriété du modèle et de son échelle, à interpréter avec des valeurs ajustées ou des graphiques plutôt qu’à partir du seul terme de coefficient.

Exemple construit · effets conditionnels

Une interaction est souvent une différence de pente

Charge de travail, fatigue et autonomieDeux relations fictives entre charge de travail et fatigue. La ligne ambrée représente une autonomie faible, avec une pente plus marquée ; la ligne verte une autonomie élevée, avec une pente plus faible.Fatigue (score fictif)Charge de travailautonomie faibleautonomie élevée
Y = β₀ + β₁X + β₂Z + β₃XZLe terme β₃ décrit ici combien la relation entre charge et fatigue change selon l’autonomie.
Données fictives. Une interaction dépend de l’échelle et du modèle choisi : « différence de pente » est une bonne intuition pour ce graphique linéaire, non une définition universelle. Une interaction observée ne démontre pas que l’autonomie protège causalement de la fatigue. Repères : Gelman, Hill et Vehtari, 2020.

Une médiation statistique pose une autre question : une association entre X et Y est-elle compatible avec un chemin indirect estimé via une variable M ? L’intervalle d’un effet indirect, souvent obtenu par bootstrap, renseigne sur l’incertitude de cette estimation. Il ne démontre pas que M est le mécanisme : l’ordre temporel, les confondeurs des relations concernées et les hypothèses causales restent nécessaires. Les modèles de mesure et le SEM relèvent du dossier Psychométrie.

Ajuster ne suffit pas à rendre une relation causale Choix causal préalable

Ajouter une covariable n’est pas toujours une correction prudente. Selon son rôle causal, l’ajustement peut réduire une confusion, ne rien clarifier ou introduire un biais, notamment en contrôlant une collision. La justification doit précéder la sélection automatique de variables : un coefficient ajusté reste, par défaut, une association conditionnelle au modèle spécifié.

Quand le modèle résiste mal

Hypothèses, diagnostics et robustesse : adapter le modèle aux données

Un modèle linéaire fait des hypothèses sur la forme de la relation, les résidus, la variance et l’indépendance. Les examiner ne consiste pas à chercher une permission mécanique de publier, mais à comprendre les limites de l’estimation.

Résidus, hétéroscédasticité et données non gaussiennes Contrôle du modèle

Graphiques de résidus, observations influentes et vérification de la forme fonctionnelle permettent de repérer des problèmes qu’une p-value ne signale pas. Une violation n’impose pas toujours d’abandonner l’analyse, mais peut demander une transformation, une méthode robuste, une modélisation différente ou une interprétation plus prudente.

Le bootstrap rééchantillonne les données pour approcher la variabilité d’une estimation ; il ne transforme pas un échantillon biaisé en échantillon représentatif. Quand le résultat est binaire, un modèle logistique est souvent adapté ; pour des comptages, on utilise fréquemment des modèles de Poisson ou binomiaux négatifs ; d’autres familles de modèles linéaires généralisés conviennent à d’autres types de résultats catégoriels ou de proportions. Des méthodes par rangs ou de permutation peuvent aussi convenir à certaines questions lorsque leurs hypothèses et leur cible correspondent mieux aux données ; elles ne sont pas des solutions automatiques à tout problème de modèle.

Tester une hypothèse

P-values, erreurs et puissance : un outil conditionnel

Le test d’hypothèse peut aider à évaluer la compatibilité de données avec un modèle, mais ne résume ni l’ampleur, ni la pertinence, ni la reproductibilité d’un résultat.

Ce qu’une p-value mesure réellement Malentendu répandu

Sous l’hypothèse nulle et les autres hypothèses du modèle statistique, une p-value est la probabilité d’obtenir une statistique de test au moins aussi incompatible avec cette hypothèse que celle observée. Par exemple, si l’hypothèse nulle est qu’une pièce est équilibrée, une p-value de 0,03 signifie qu’un résultat au moins aussi extrême que celui obtenu ne surviendrait que 3 % du temps si la pièce était vraiment équilibrée. Elle n’est ni la probabilité que l’hypothèse nulle soit vraie (ici, que la pièce soit réellement équilibrée), ni la probabilité de réplication.

Trois études fictives · même question

Une estimation n’est pas un feu vert ou rouge

Estimations et intervalles de confianceTrois estimations fictives d’une différence moyenne. Les points sont les estimations ; les traits horizontaux, leurs intervalles à 95 pour cent. Les trois estimations sont proches mais leur précision diffère.Différence moyenne de sommeil (heures)-1012Étude AÉtude BÉtude C
IC 95 % ≈ θ̂ ± 1,96 × SEApproximation usuelle dans certaines conditions : le point estime ; l’intervalle montre aussi la précision.
Une p-value ne mesure ni la taille de l’effet ni sa pertinence pratique. Un intervalle large peut être compatible avec des effets utiles, négligeables ou nuisibles.
Chiffres et intervalles fictifs. La formule affichée est une approximation valable notamment pour certains estimateurs et grands échantillons ; les procédures exactes dépendent du modèle. Le passage par zéro n’est pas un classement scientifique complet. Repères : Cumming, 2014 · Hoekstra et al., 2014.

L’hypothèse nulle ne signifie pas nécessairement « aucun effet réel ». Elle peut concerner zéro, une différence fixée, une valeur de référence ou une structure de modèle. Fisher et Neyman-Pearson ont formulé des cadres distincts. La pratique courante les a ensuite mêlés en une seule procédure hybride, le test de signification fondé sur l’hypothèse nulle.

Puissance et grands échantillons Interprétation prudente

La puissance dépend de l’effet ciblé, de la taille d’échantillon, de la variabilité et du seuil. Un grand échantillon peut rendre statistiquement détectables des effets très petits ; il ne rend pas miraculeusement significatif un effet exactement nul sous un test correctement calibré.

Une étude sous-puissante produit des estimations imprécises et augmente le risque de résultats instables ou exagérés parmi les résultats sélectionnés. Un calcul utile doit partir d’un effet minimal pertinent ou d’une précision visée, de préférence avant la collecte.

Quand les choix s’accumulent

Multiplicité et flexibilité analytique

Tester de nombreuses variables, sous-groupes ou modèles augmente la probabilité de résultats apparemment positifs par hasard. Le problème peut être involontaire : il naît aussi de choix analytiques ordinaires laissés indéterminés.

Explorer, confirmer, documenter Risque systémique

Les corrections de comparaisons multiples contrôlent des risques différents. La procédure de Benjamini-Hochberg est une procédure générale proposée en 1995, particulièrement diffusée ensuite dans les domaines à très grand nombre de tests, comme la génomique.

L’exploration reste indispensable, mais elle doit être nommée comme telle. Préenregistrer les décisions confirmatoires, rapporter les exclusions et analyses réalisées, ou utiliser des Registered Reports réduit la confusion entre une prédiction risquée et une hypothèse formulée après observation des données.

Données non indépendantes

Données manquantes, répétées et groupées

Les données psychologiques sont souvent incomplètes, répétées chez une même personne ou regroupées dans des classes, équipes, familles ou sites. Les analyser comme des observations indépendantes peut donner une précision fictive.

Données manquantes : une hypothèse sur ce qui n’est pas observé Information absente, pas neutre

Une donnée manquante n’est pas seulement une case vide : son absence peut être liée à l’organisation de l’étude, aux variables déjà observées ou à la valeur qui n’a pas été observée. MCAR suppose que la non-observation ne dépend ni des données observées ni de celles qui manquent ; MAR suppose que, conditionnellement aux informations observées pertinentes, elle ne dépend pas de la valeur manquante elle-même ; MNAR autorise une dépendance aux valeurs manquantes elles-mêmes. Ces catégories décrivent des hypothèses sur le mécanisme de non-réponse, non des diagnostics que les seules données observées permettraient de trancher simplement.

Analyser seulement les cas complets peut réduire la précision et, selon le mécanisme de non-réponse, produire un biais. L’imputation multiple crée plusieurs jeux de données plausibles à partir des informations observées, estime le modèle dans chacun puis combine les résultats en conservant l’incertitude due au manque. Remplacer une valeur par une seule moyenne ou prédiction traite à tort l’imputation comme certaine. Lorsque MNAR reste plausible, une analyse de sensibilité examine comment les conclusions changeraient sous des hypothèses alternatives.

Mesures répétées et groupes : les lignes ne sont pas toujours des personnes indépendantes Dépendance à modéliser

Plusieurs observations d’une même personne, des élèves d’une même classe ou des patients suivis par un même thérapeute partagent généralement un contexte et une partie de leur variation. Cette dépendance modifie l’incertitude : traiter chaque ligne comme indépendante peut sous-estimer les erreurs standards et donner une précision artificielle.

Les modèles multiniveaux représentent cette structure par des niveaux, par exemple mesures au sein des personnes puis personnes au sein de classes. Reprenons l’exemple d’une même personne mesurée plusieurs jours : un intercept variable autorise un niveau moyen différent d’une personne à l’autre (certaines dorment mieux en moyenne que d’autres), et une pente variable autorise que l’association entre stress et sommeil diffère aussi d’une personne à l’autre. Cette distinction sépare une variation intra-individuelle (un jour plus stressant qu’un autre, pour la même personne) d’une différence interindividuelle moyenne (certaines personnes plus stressées en moyenne que d’autres). Ce ne sont pas des raffinements décoratifs, mais une manière de faire correspondre le modèle aux unités qui ont produit les données.

Décrire n’est pas expliquer

Associations conditionnelles et graphes causaux

Une association statistique ne fixe ni le sens d’une influence ni les variables qui devraient être ajustées. Les graphes causaux rendent explicites les hypothèses qui donnent éventuellement un sens causal à un modèle ; les plans permettant de les mettre à l’épreuve sont développés dans Méthodologie.

Les graphes causaux précèdent l’ajustement Inférence conditionnelle

Un modèle statistique peut décrire une association conditionnelle à certaines covariables. Pour l’interpréter comme un effet causal, l’ensemble d’ajustement doit recevoir une justification causale, et non être choisi parce que ses variables sont disponibles ou parce qu’elles améliorent l’ajustement statistique. Préspécifier cette justification est une bonne pratique qui en renforce la crédibilité, sans être une condition logique de l’identification. Les dispositifs expérimentaux, quasi-expérimentaux et les raisonnements contrefactuels qui soutiennent cette interprétation relèvent du dossier Méthodologie.

Deux langages différents · schémas hypothétiques

Médiation et DAG : ne pas confondre chemin estimé et cause établie

Médiation statistique

Charge— a →Stress— b →Sommeil

effet indirect = a × b

Un chemin indirect estimé peut être compatible avec les données.

DAG : hypothèse causale

Motivation→Activité physique→Sommeil

La motivation peut aussi influencer directement le sommeil : elle est alors un confondeur possible à justifier.

Le graphe indique les hypothèses nécessaires avant de choisir des ajustements.

Une médiation statistique ne prouve pas que M est le mécanisme : temporalité, confusion des relations X–M et M–Y, et explications concurrentes restent à examiner. Un DAG ne prouve pas ses flèches non plus ; il rend leurs hypothèses discutables.
Schémas hypothétiques, sans résultat empirique attribué à une intervention. Le panneau de gauche représente un modèle de chemins ; celui de droite un langage pour raisonner sur les variables à ajuster. Les deux sont complémentaires, mais répondent à des questions différentes. Repères : Imai, Keele et Tingley, 2010 · Pearl, 2009.

Les DAG aident à représenter les hypothèses pertinentes et à distinguer facteurs de confusion, médiateurs et collisions. Ils rappellent qu’ajuster le maximum de variables disponible n’est pas automatiquement prudent : contrôler une collision peut créer l’association que l’analyse prétend éliminer. Par exemple, si un concours admet les candidats soit très bons en mathématiques, soit très bons en écriture, ces deux qualités peuvent apparaître corrélées négativement parmi les seuls admis, même si elles sont totalement indépendantes dans la population de départ : c’est le fait même d’avoir sélectionné sur l’un ou l’autre critère qui fabrique cette fausse association.

Au-delà de la dichotomie

Bayes, équivalence et autres façons d’évaluer les preuves

Le fréquentisme n’est pas la seule façon de présenter l’incertitude. D’autres cadres permettent de poser des questions différentes, mais n’éliminent ni les choix de modèle ni le jugement scientifique.

Mettre à jour un modèle explicitement Cadre alternatif

L’inférence bayésienne permet d’actualiser explicitement des distributions de probabilité sur des paramètres ou des modèles à partir d’un a priori et des données observées. Les conclusions dépendent donc aussi du modèle et des distributions a priori spécifiés.

Un facteur de Bayes est le rapport des vraisemblances marginales des données sous deux modèles. Combiné aux probabilités a priori attribuées à chaque modèle, il permet d’obtenir les probabilités a posteriori ; il n’est donc pas, à lui seul, la probabilité postérieure d’une hypothèse. Un test d’équivalence cherche à montrer que l’effet se situe à l’intérieur de deux marges bilatérales préspécifiées, par exemple pour montrer qu’un médicament générique n’est ni meilleur ni pire qu’un médicament de référence au-delà d’un seuil jugé négligeable. Un test de non-infériorité utilise une marge directionnelle pour évaluer si une intervention n’est pas suffisamment moins efficace qu’un comparateur pour être considérée inférieure, par exemple pour montrer seulement qu’un traitement moins coûteux n’est pas pire qu’un traitement de référence. Dans les deux cas, la justification de la marge est substantielle et non purement statistique.

Cumul et transparence

Cumuler les preuves et rendre l’analyse vérifiable

Une étude isolée est rarement le terme d’une question. Réplication, synthèse quantitative, transparence et discussion des biais permettent de situer un résultat dans un ensemble de preuves plutôt que de le traiter comme un verdict.

Méta-analyse, réplication et science ouverte Lire l’ensemble

Une méta-analyse est un outil majeur de synthèse quantitative, non le sommet automatique d’une hiérarchie de preuves. La pondération par précision donne davantage de poids aux estimations plus précises, souvent issues de grandes études ; elle ne détecte pas automatiquement un biais méthodologique.

Biais de publication, hétérogénéité et choix d’inclusion peuvent modifier fortement une estimation combinée. Préenregistrement, partage raisonné des données et du code, réplications et Registered Reports rendent les décisions d’analyse plus vérifiables sans garantir à eux seuls qu’une question est bien posée.

Grille critique

Comment lire un résultat statistique en psychologie

La bonne question n’est pas seulement « est-ce significatif ? », mais : que décrivent les données, quelle est l’estimation, quelles hypothèses soutiennent le modèle et que permet réellement de généraliser le plan ?

  1. La distribution, les valeurs atypiques et les données manquantes sont-elles décrites ?

    Un modèle peut être précis sur une représentation inadéquate des données.

  2. L’étude rapporte-t-elle une estimation, une incertitude et une importance pratique ?

    Une p-value isolée ne donne ni l’ampleur ni la précision d’un effet.

  3. Les comparaisons et covariables sont-elles justifiées par une question et un modèle ?

    Ajouter des contrôles sans raisonnement causal peut créer un biais.

  4. Les données sont-elles indépendantes et le modèle est-il adapté au type de résultat ?

    Des mesures répétées ou des élèves d’une même classe demandent souvent une modélisation hiérarchique.

  5. Le résultat est-il présenté comme causal sans hypothèses ou plan suffisants ?

    Des données observationnelles peuvent informer une causalité, mais seulement sous des hypothèses explicites.

  6. Une synthèse examine-t-elle hétérogénéité, biais de publication et qualité des études ?

    Une moyenne combinée ne répare pas automatiquement les biais de ses études constitutives.

Documentation

Références

Une sélection internationale de synthèses, travaux empiriques et documents professionnels. Les références sont présentées selon les normes APA.

  1. Benjamini, Y., & Hochberg, Y. (1995). Controlling the false discovery rate. JRSS B, 57(1), 289–300.
  2. Borenstein, M., Hedges, L. V., Higgins, J. P. T., & Rothstein, H. R. (2009). Introduction to Meta-Analysis. Wiley.
  3. Button, K. S., et al. (2013). Power failure. Nature Reviews Neuroscience, 14(5), 365–376.
  4. Chambers, C. D. (2013). Registered reports. Cortex, 49(3), 609–610.
  5. Cohen, J. (1988). Statistical Power Analysis for the Behavioral Sciences (2nd ed.). Lawrence Erlbaum.
  6. Cumming, G. (2014). The new statistics: Why and how. Psychological Science, 25(1), 7–29.
  7. Efron, B., & Tibshirani, R. J. (1993). An Introduction to the Bootstrap. Chapman & Hall.
  8. Egger, M., et al. (1997). Bias in meta-analysis. BMJ, 315, 629–634.
  9. Fisher, R. A. (1925). Statistical Methods for Research Workers. Oliver and Boyd.
  10. Gelman, A., Hill, J., & Vehtari, A. (2020). Regression and Other Stories. Cambridge University Press.
  11. Gigerenzer, G. (2004). Mindless statistics. The Journal of Socio-Economics, 33(5), 587–606.
  12. Glass, G. V. (1976). Primary, secondary, and meta-analysis. Educational Researcher, 5(10), 3–8.
  13. Greenland, S., et al. (2016). Statistical tests, P values, confidence intervals, and power: A guide to misinterpretations. European Journal of Epidemiology, 31, 337–350.
  14. Harrell, F. E. (2015). Regression Modeling Strategies (2nd ed.). Springer.
  15. Hoekstra, R., et al. (2014). Robust misinterpretation of confidence intervals. PBR, 21(5), 1157–1164.
  16. Imai, K., Keele, L., & Tingley, D. (2010). A general approach to causal mediation analysis. Psychological Methods, 15(4), 309–334.
  17. Lakens, D. (2017). Equivalence tests: A practical primer for t tests, correlations, and meta-analyses. Social Psychological and Personality Science, 8(4), 355–362.
  18. Lakens, D. (2022). Sample size justification. Collabra: Psychology, 8(1), 33267.
  19. McCullagh, P., & Nelder, J. A. (1989). Generalized Linear Models (2nd ed.). Chapman & Hall.
  20. Neyman, J., & Pearson, E. S. (1933). On the problem of the most efficient tests. Philosophical Transactions of the Royal Society A, 231, 289–337.
  21. Nosek, B. A., et al. (2018). The preregistration revolution. PNAS, 115(11), 2600–2606.
  22. Pearl, J. (2009). Causality (2nd ed.). Cambridge University Press.
  23. Raudenbush, S. W., & Bryk, A. S. (2002). Hierarchical Linear Models (2nd ed.). Sage.
  24. Rohrer, J. M. (2018). Thinking clearly about correlations and causation. AMPPS, 1(1), 27–42.
  25. Rosenthal, R. (1979). The file drawer problem. Psychological Bulletin, 86(3), 638–641.
  26. Rubin, D. B. (1976). Inference and missing data. Biometrika, 63(3), 581–592.
  27. Rubin, D. B. (1987). Multiple Imputation for Nonresponse in Surveys. Wiley.
  28. Simmons, J. P., Nelson, L. D., & Simonsohn, U. (2011). False-positive psychology. Psychological Science, 22(11), 1359–1366.
  29. Tukey, J. W. (1977). Exploratory Data Analysis. Addison-Wesley.
  30. van Buuren, S. (2018). Flexible Imputation of Missing Data (2nd ed.). CRC Press.
  31. Wagenmakers, E.-J., et al. (2018). Bayesian inference for psychology. Psychonomic Bulletin & Review, 25(1), 35–57.
  32. Walker, E., & Nowacki, A. S. (2011). Understanding equivalence and noninferiority testing. Journal of General Internal Medicine, 26(2), 192–196.
  33. Wasserstein, R. L., & Lazar, N. A. (2016). The ASA’s statement on p-values. The American Statistician, 70(2), 129–133.
  34. Wasserstein, R. L., Schirm, A. L., & Lazar, N. A. (2019). Moving to a world beyond “p < 0.05”. The American Statistician, 73(sup1), 1–19.
  35. Wilkinson, L., & Task Force on Statistical Inference. (1999). Statistical methods in psychology journals. American Psychologist, 54(8), 594–604.

Dernière révision documentaire : 10 septembre 2026.