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Pourquoi procrastiner soulage-t-il maintenant mais aggrave-t-il le problème ensuite ?

On présente souvent la procrastination comme un problème d’organisation : il suffirait d’une meilleure méthode pour s’y attaquer. Ce qui se répète chez de nombreuses personnes qui procrastinent va pourtant dans un autre sens : reporter une tâche précise procure un soulagement immédiat, ce qui dépasse la seule question d’organisation [1][2]. Cette lecture suit pourquoi ce soulagement existe, pourquoi il entretient exactement ce qu’il semble résoudre, et ce qu’il laisse derrière lui une fois la tâche inévitablement rattrapée.

Références vérifiées le 19 septembre 2026.

Régulation émotionnelle

La régulation émotionnelle regroupe les processus par lesquels une personne influence les émotions qu’elle éprouve, le moment où elles apparaissent et la manière dont elles sont vécues ou exprimées.

Relire un message ambigu plus tard afin de réévaluer son interprétation à froid.

Respirer plus lentement avant de répondre pour diminuer l’intensité d’une réaction.

Évitement

L’évitement désigne les gestes, pensées ou habitudes qui réduisent momentanément le contact avec une situation intérieure ou extérieure difficile.

Reporter systématiquement un appel parce que l’incertitude de la réponse fait monter l’anxiété.

Rester dans une conversation tout en changeant de sujet chaque fois qu’un désaccord précis apparaît.

Renforcement négatif

Le renforcement négatif consiste à faire suivre un comportement de la disparition ou de l’évitement d’un stimulus désagréable, ce qui augmente la probabilité que ce comportement se reproduise.

Prendre un antidouleur qui fait cesser un mal de tête renforce la prise future de ce médicament.

Quitter systématiquement une pièce bruyante fait diminuer l’inconfort et renforce ce comportement d’évitement.

Procrastination

La procrastination correspond au report inutile d’une action que l’on avait l’intention d’accomplir, alors même que ce délai risque d’entraîner un coût.

Nettoyer plusieurs fois son bureau à la place de commencer une tâche évaluée.

Attendre la veille d’une échéance alors que ce délai augmente clairement le stress et réduit la qualité possible.

Culpabilité

La culpabilité apparaît lorsqu’une personne estime avoir transgressé une norme ou causé un tort ; elle porte généralement davantage sur un acte que sur la valeur globale de soi.

Regretter une parole blessante et chercher à réparer précisément ses conséquences.

Se sentir responsable de la déception d’autrui alors qu’aucun engagement n’avait été pris.

Sentiment d’efficacité personnelle

Le sentiment d’efficacité personnelle concerne une capacité perçue dans un domaine ou une tâche. Il influence l’effort, la persistance et le choix des activités, sans constituer une mesure générale de valeur personnelle ou une garantie de réussite.

Après plusieurs exposés réussis, anticiper plus facilement pouvoir préparer et présenter le suivant.

Se sentir compétent pour résoudre un problème technique tout en doutant de sa capacité à négocier un conflit.

En conclusion

Procrastiner soulage donc maintenant en grande partie parce que cela peut fonctionner comme une régulation émotionnelle immédiate face à une tâche aversive, et cela aggrave le problème ensuite pour la même raison : ce soulagement renforce le retrait sans résoudre la tâche, qui reste intacte avec son coût proche [1][2]. Les réactions négatives envers soi qui suivent ce délai peuvent nourrir le report suivant. Le sentiment d’efficacité personnelle, pourtant lié de façon constante à la procrastination, s’en trouve lui aussi probablement affaibli, ce qui rend le prochain retrait plus probable encore [6][4]. Ce cercle s’explique en grande partie par un apprentissage dont chaque étape, prise isolément, est cohérente [1][2].

Le grand dossier psychologie clinique

Références

Sources

Chaque renvoi numéroté désigne la source de l’énoncé qui le précède.

  1. Sirois, F., & Pychyl, T. (2013). Procrastination and the priority of short-term mood regulation: Consequences for future self. Social and Personality Psychology Compass, 7(2), 115–127. https://doi.org/10.1111/spc3.12011 Consulter
  2. Tice, D. M., & Baumeister, R. F. (1997). Longitudinal study of procrastination, performance, stress, and health: The costs and benefits of dawdling. Psychological Science, 8(6), 454–458. https://doi.org/10.1111/j.1467-9280.1997.tb00460.x Consulter
  3. Gross, J. J. (2015). Emotion regulation: Current status and future prospects. Psychological Inquiry, 26(1), 1–26. https://doi.org/10.1080/1047840X.2014.940781 Consulter
  4. Steel, P. (2007). The nature of procrastination: A meta-analytic and theoretical review of quintessential self-regulatory failure. Psychological Bulletin, 133(1), 65–94. https://doi.org/10.1037/0033-2909.133.1.65 Consulter
  5. Staddon, J. E. R., & Cerutti, D. T. (2003). Operant conditioning. Annual Review of Psychology, 54, 115–144. Consulter
  6. Wohl, M. J. A., Pychyl, T. A., & Bennett, S. H. (2010). I forgive myself, now I can study: How self-forgiveness for procrastinating can reduce future procrastination. Personality and Individual Differences, 48(7), 803–808. https://doi.org/10.1016/j.paid.2010.01.029 Consulter
  7. Tangney, J. P., Stuewig, J., & Mashek, D. J. (2007). Moral emotions and moral behavior. Annual Review of Psychology, 58, 345–372. https://doi.org/10.1146/annurev.psych.56.091103.070145 Consulter
  8. Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review, 84(2), 191–215. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191 Consulter